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Pluralisme, réciprocité et délibération publique chez Taylor et Habermas

GD

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Gordon Davis : Carleton University

Résumé de la communication

Il est utile d’éclairer la question du dialogue social par une distinction entre les justifications directes et indirectes de la délibération démocratique en tant que source de stabilité et d’épanouissement sociale dans les sociétés libérales contemporaines. Avec cette distinction en main, je propose d’examiner les positions respectives de Charles Taylor et John Rawls à la lumière d’un éventail de valeurs qui pourraient justifier des normes pour le dialogue social (comme on retrouve par exemple dans certaines formes de « pluralisme intégrateur »).

Dans un premier temps, je soutiendrai que Taylor avance une conception axiologique plus riche et plus convaincante, mais qu’au niveau de la philosophie politique normative, ses propos présentent certaines lacunes problématiques. Tandis que Rawls évite toute question portant sur les idéaux axiologique, Taylor n’hésite pas à aborder ce genre de questions et défend les valeurs du pluralisme et du dialogue sur la base d’arguments méta-éthiques. Or, quand Taylor se retourne des propositions concrètes pour le dialogue politique, il se permet un recours à plusieurs éléments tirés du système rawlsien.

C’est ainsi que, dans un deuxième temps, je chercherai à jeter de la lumière sur l’aporie profonde à laquelle Taylor se heurte et à proposer d’autres avenues permettant de repenser sa conception d’un dialogue social axé sur les valeurs du pluralisme culturel.

Résumé du colloque

Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.

La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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