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Mario Bourgault : Polytechnique Montréal
La dyade rigueur-pertinence proposée dans ce colloque mène le chercheur à s’interroger sur son objet, sa démarche et ses résultats de recherche. Serait-il parfois « impertinent » ? Pourrait-il se permettre d’être « non rigoureux »? Chercher des réponses à ces interrogations, et atténuer les tensions qu’elles suggèrent, nous oblige à les préciser. Ainsi, parler de pertinence (au sens étymologique d’appartenir) mène à se questionner sur la valeur de ce que le chercheur produit : quelle valeur ? et pour qui ? Poser la question de rigueur (au sens étymologique de rigidité), c’est se questionner sur les normes et pratiques partagées par la communauté scientifique concernée. Or, les projets sont multiformes et les façons de les appréhender varient d’une discipline à l’autre. Quelle méthodologie, pour quel objet ? Comment, et pourquoi parler encore de « gestion » de projets lorsque les enjeux sont résolument multiples : techniques, économiques, humains, juridiques, politiques, sociaux, éthiques? Ces questions constituent le point de départ d’une démarche réflexive exigeante, mais formatrice pour le chercheur qui s'investit dans l’étude des projets. À partir de quelques vignettes illustrant des travaux scientifiques réalisés par l’auteur selon divers dispositifs méthodologiques, la communication permettra d’éclairer la dyade rigueur-pertinence, et de réconcilier le chercheur avec l’apparent conflit qu’elle suggère.
Kozak-Holland (2011) situe la naissance de la gestion de projet à plusieurs milliers d’années, mais ce n’est qu’à partir de la moitié du siècle dernier qu’elle s’est institutionnalisée en pratique professionnelle. Dès son émergence, elle avait besoin de se nourrir de nouvelles connaissances et de nouvelles approches (Morris, 2013). Autrement dit, elle réclamait deux choses: i) la production de connaissances pertinentes, et ii) leur application concrète, notamment la mise au point d’outils et de techniques sophistiqués de gestion tels que PERT et CPM.
Ce n’est que bien plus tard que sera mise en chantier l’entreprise de produire des connaissances rigoureuses sur les projets et leur gestion (Turner et al., 2011). Le nombre de publications reposant sur un devis méthodologique scientifique — LA voie par excellence de la rigueur — explose (Turner, 2010). Dans la foulée de ce rigorisme paraîtront les premiers ouvrages de théories (Turner et al., 2010) et de méthodologies de la recherche (Drouin et al., 2013). Cette fois, la rigueur scientifique prend le pas sur la pertinence pratique en gestion de projet. Néanmoins, si certains mettent l’accent sur l’importance de la pertinence (Hällgren et al., 2012), d’autres militent en faveur de celle-ci en prenant comme prismes conceptuels et analytiques les concepts aristotéliciens de praxis (Lalonde et al., 2010) et de phronesis (Bredillet et al., 2015).
De toute évidence, le balancier est passé historiquement de l’orthodoxie de la pertinence à celle de la rigueur. D’ailleurs, les résultats d’une recension des écrits que nous avons récemment effectuée dans le Project Management Journal et l’International Journal of Project Management rendent bien compte de cette opposition.
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