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Patrick PELLETIER : Université TÉLUQ
Adoptant la méthodologie du compte-rendu de pratique, cette communication apporte quelques éléments de réponse à cette question en prenant pour objet la réforme du programme de baccalauréat en administration de l’École des sciences de l’administration (ÉSA) de l’Université TÉLUQ. Initiée en janvier 2014 et complétée en août 2018, cette réforme n’a pu être porteuse sur le plan pédagogique et curriculaire sans présence d’un projet collectif qui, progressivement légitimé et réalisé dans et par l’action, répondait aux intérêts individuels et disciplinaires des professeur(e)s. Pour mieux comprendre la gestion de ce processus, une attention particulière est donnée aux spécificités de l’université, organisation qualifiée de complexe puisque jugée difficile à changer en raison de ses objectifs multiples, ses sources de pouvoir et de décision diffuses et ses processus de travail peu standardisés. Le cadre conceptuel de l’anarchie organisée (March, 1978) revisité dans une perspective rhétorique et institutionnaliste (Suddaby et Greenwood, 2005) est utilisé. Ce cadre nous montre que les préférences des acteurs sont incertaines, se découvrant et se modifiant dans et par l'action. La décision et le résultat de l’action ne sont pas essentiellement le résultat d’une démarche dictée par la rationalité (définition des objectifs, des solutions et de leurs conséquences) mais résultent notamment des circonstances et de coïncidences.
Que peuvent faire les universités et les grandes écoles pour offrir des programmes d’études centrés sur l’apprentissage? Ce colloque apporte quelques éléments de réponse à cette question qui, dans la mouvance du Scholarship of Curriculum Practice (SoCp), invite les enseignants, les étudiants, les conseillers pédagogiques, les administrateurs et les membres de la communauté à explorer de quelles façons ils peuvent interagir, et coopérer, pour déployer une nouvelle offre de formation innovante qui place l’apprentissage des étudiants au cœur de tout projet de transformation partielle ou totale (Pelletier et Huot, 2017). Les dimensions sociales, politiques et culturelles de toute entreprise de conception (besoins et design), d’implantation (comportements décisionnels) et d’évaluation (qualité et pertinence) de programmes sont discutées. Ces trois temps de déploiement balisent la présentation de différentes recherches sur le curriculum, concept englobant à fois les contenus d’enseignement, les dispositifs pédagogiques, les programmes d’études, les valeurs éducatives et les idéologies qui influencent le développement de ces dimensions (Béchard, 2016). Afin de refléter la diversité curriculaire, des comptes rendus de pratiques réflexives centrées sur la création ou la réforme de programmes existants dans les champs professionnels, dans les sciences et technologies et dans les arts et sciences humaines sont décortiqués. À la toute fin, la notion de coopération, objet bien connu en sciences sociales, sert de trait d’union entre toutes ces expériences de terrain et soulève une série de questions n’ayant pas encore trouvé de réponses satisfaisantes. Il est entendu que la coopération, qu’elle soit spontanée ou organisée, formelle ou informelle, relève de l’action conjointe pour répondre à un but commun. En termes sociologiques, elle s’inscrit dans la logique du don (donner, recevoir, rendre), et non dans celle du tout pour soi (prendre, refuser, garder). Ainsi, une innovation réussie est la manifestation d’une dynamique de coopération organisationnelle centrée sur le don-contre-don (Alter, 2009).
Titre du colloque :