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Philippe-Antoine Hoyeck : Carleton University
L’œuvre récente de Jürgen Habermas est marquée par un intérêt accru pour la question du religieux dans les sociétés contemporaines. Un des thèmes centraux de ce « tournant religieux » tient au problème de l’intégration religieuse : comment les citoyens religieux peuvent-ils se comprendre comme des auteurs pleins et égaux du droit dans un État laïque qui se veut neutre envers les différentes conceptions du bien de ses citoyens?
Habermas propose de résoudre ce problème par une « clause institutionnelle de traduction » exigeant que les raisons religieuses avancées dans le débat publique soient traduites dans un langage séculier avant d’être admises dans les délibérations politiques officielles. Pour sa part, Charles Taylor offre une critique sévère de la clause de traduction de Habermas, qu’il propose de remplacer par un modèle « ouvert » qui ne placerait aucune restriction sur le contenu des délibérations politiques.
Dans cette présentation, je me propose d’examiner les modèles respectifs de l’usage public de la raison avancés par Taylor et Habermas. À l’encontre du consensus croissant dans la littérature secondaire, je soutiendrai non seulement que le modèle de Taylor est intenable, mais encore qu’il risque d’aggraver les problèmes d’intégration religieuse qui servent de point de départ à Habermas. Je chercherai à montrer que, malgré ses nombreux défauts, la clause institutionnelle de traduction est indispensable dans un État laïque qui prétend agir au nom de tous ses citoyens.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.