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Gaelle Fiasse : Université McGill
Alors que le dialogue a souvent été pensé à la lumière d’une éthique de la discussion où le but avoué ou non est de convaincre l’autre par des arguments intellectuels, plusieurs penseurs de traditions spirituelles ont aussi mis en avant l’importance du dialogue existentiel. Il s’agirait davantage d’aller à la rencontre de l’autre, en mettant entre parenthèses les différences idéologiques, afin de se focaliser sur les points communs et les plus grandes richesses de l’humanité d'autrui. Un tel dialogue met en avant l’attention à l’autre, à sa personne, voire le travail concret avec lui. Il s’agit dès lors de se désarmer pour accueillir l’autre et oser le risque de la rencontre. Je mettrai également en évidence le rapport au corps : l’attention aux signes non verbaux, au regard, aux expressions du visage, à la gestuelle et aux autres expressions corporelles qui permettent d’entrer en contact avec autrui.
Dès l’Antiquité, le dialogue déploie des implications morales, politiques et épistémologiques. Et depuis lors, il est demeuré un élément essentiel du paysage philosophique, autant comme pratique que comme objet de réflexion. Le dialogue a gagné en importance depuis le 20e siècle (on peut penser à Gadamer, à Ricœur, à Taylor, à Habermas, à la philosophie pour enfants, à l’éthique appliquée…), peut-être même une importance théorique proportionnellement inverse à ce qui semble aujourd’hui être sa faillite pratique dans l’espace public. À l’ère de la polarisation des opinions, le dialogue semble en effet de plus en plus difficile.
La notion de dialogue soulève de nombreuses questions qui concernent notamment sa définition, sa pratique, son importance dans la recherche de la vérité et ses conditions de possibilité. Ainsi, la réflexion sur le dialogue peut se déployer tant sur le plan métaphysique, épistémologique, politique qu’éthique. On pourrait s’intéresser à l’enseignement même de la philosophie, que plusieurs considèrent comme fondamentalement dialogique, ainsi qu’à son avenir quant à l’arrivée des nouvelles technologies et des offres de cours en ligne. On pourrait aussi s’intéresser aux grands dialogues entre philosophes qui ont marqué l’histoire de la philosophie ou aux dialogues que la philosophie a entretenus avec les autres sciences (humaines, pures, de la nature, de la santé…). Le dialogue entre les disciplines pourrait soulever des questions analogues à celui entre les étrangers, concernant notamment l’importance d’une langue commune aux interlocuteurs. Et qu’en est-il du dialogue interculturel ou interreligieux? Comment penser le dialogue entre les États, voire entre les individus, qui entretiennent des rapports de pouvoir asymétriques ou des rapports de domination? À l’instar de Platon, on pourrait aussi se questionner sur la possibilité du dialogue entre la personne qui sait et celle qui ne sait pas, entre la philosophie et le peuple.
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