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Louise Boivin : UQO - Université du Québec en Outaouais
La dernière réforme, menée au Québec en 2015 sous l’égide de l’ancien ministre Gaétan Barrette, accroit la place des prestataires privés dans les services d’aide à domicile et les met principalement en concurrence autour des coûts du travail. Parallèlement, dans le secteur public, la gestion toyotiste contribue à l’intensification du travail des auxiliaires aux services de santé et sociaux. Les études féministes sur le travail rémunéré de care dans l’aide à domicile expliquent sa faible qualification par deux facteurs. D’une part, la prégnance de conceptions sexuées et racisées perpétue la naturalisation des savoir-faire requis pour ce travail à forte dimension relationnelle auprès des personnes aînées et en situation de handicap (Kergoat, 2010; Scrinzi, 2013). D’autre part, le faible pouvoir collectif des travailleuses rend difficile la rupture avec ces conceptions et la négociation de leur qualification professionnelle (Boivin, 2013; Pinard, 2018). Notre communication présente les résultats d’une étude empirique partant de ce cadre d’analyse pour comparer la qualification du travail dans les services publics et privés d’aide à domicile au Québec et en Outaouais, et ce à partir de sources de données quantitatives (heures de services selon les types de prestataires, taux salariaux, présence syndicale) et qualitatives (tâches et formations exigées).
La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).
Titre du colloque :