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Julie Bérubé : UQO - Université du Québec en Outaouais
La recherche en gestion de projet est portée par des systèmes de valeurs qui, lorsqu’ils se confrontent créent des tensions; c’est le cas notamment de la rigueur et de la pertinence. L’équilibre ou le compromis entre ces deux pôles est nécessaire à l’évolution académique et pratique de ce champ. Nous proposons d’étudier cette dichotomie à l’aide du cadre théorique de la justification de Boltanski et Thévenot (1991). Ceux-ci conçoivent 6 mondes présentant des systèmes de valeurs distincts ainsi que les tensions inhérentes à la rencontre de ces mondes et les compromis permettant la saine cohabitation de ceux-ci. À partir de recherches portant sur la gestion des projets dans les industries créatives auprès d’agences de publicité ou d’artistes professionnels, nous explorons l’idée que le compromis entre la rigueur et la pertinence n’est pas universel ou prescriptible. Il n’est pas désincarné des systèmes de valeurs des chercheurs et des participants. En effet, puisque le compromis est situé spatio-temporellement, en fonction des contextes et des valeurs des participants, différents mondes de Boltanski et Thévenot (1991) devront cohabiter temporairement afin d’atteindre un juste équilibre entre rigueur et pertinence. Comme le souligne Cunliffe et al.(2013) en cours de recherche beaucoup de choses se jouent à l’interface (hyphen-spaces) entre les chercheurs et les participants. Parmi celles-ci nous trouvons les compromis possibles et temporaires entre la rigueur et la pertinence.
Kozak-Holland (2011) situe la naissance de la gestion de projet à plusieurs milliers d’années, mais ce n’est qu’à partir de la moitié du siècle dernier qu’elle s’est institutionnalisée en pratique professionnelle. Dès son émergence, elle avait besoin de se nourrir de nouvelles connaissances et de nouvelles approches (Morris, 2013). Autrement dit, elle réclamait deux choses: i) la production de connaissances pertinentes, et ii) leur application concrète, notamment la mise au point d’outils et de techniques sophistiqués de gestion tels que PERT et CPM.
Ce n’est que bien plus tard que sera mise en chantier l’entreprise de produire des connaissances rigoureuses sur les projets et leur gestion (Turner et al., 2011). Le nombre de publications reposant sur un devis méthodologique scientifique — LA voie par excellence de la rigueur — explose (Turner, 2010). Dans la foulée de ce rigorisme paraîtront les premiers ouvrages de théories (Turner et al., 2010) et de méthodologies de la recherche (Drouin et al., 2013). Cette fois, la rigueur scientifique prend le pas sur la pertinence pratique en gestion de projet. Néanmoins, si certains mettent l’accent sur l’importance de la pertinence (Hällgren et al., 2012), d’autres militent en faveur de celle-ci en prenant comme prismes conceptuels et analytiques les concepts aristotéliciens de praxis (Lalonde et al., 2010) et de phronesis (Bredillet et al., 2015).
De toute évidence, le balancier est passé historiquement de l’orthodoxie de la pertinence à celle de la rigueur. D’ailleurs, les résultats d’une recension des écrits que nous avons récemment effectuée dans le Project Management Journal et l’International Journal of Project Management rendent bien compte de cette opposition.
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