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Samuel Nepton : Université Laval
L’une des visées principales de La Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l'intelligence artificielle est l’instauration d’un cadre éthique pour le développement et le déploiement de l’intelligence artificielle (IA). Pourtant, les principes de cette déclaration négligent un cas type: le sexbot. Notre objectif est d’expliciter comment le sexbot futur serait un contre-exemple possible à des sous-principes de la Déclaration de Montréal voulant que « [t]out utilisateur d’un service qui recourt à des agents conversationnels doit pouvoir identifier facilement s’il interagit avec un SIA [système d’intelligence artificiel] ou une personne » ou encore que « [l]es SIA ne doivent pas nuire au maintien de relations humaines affectives et morales épanouissantes, et devraient être développés dans le but de favoriser ces relations et de réduire la vulnérabilité et l’isolement des personnes ». De surcroît, nous montrerons que le sexbot rendrait également nécessaire l’imposition d’obligations éthiques envers ses futurs utilisateurs. Pour défendre cette thèse, nous nous appuierons sur les travaux de Robin Mackenzie ainsi que sur le modèle de relation humain/robot de Mark Coeckelbergh, comme coévolution de l’un et de l’autre par l’acquisition de bénéfices mutuels à travers la vulnérabilité. Ultimement, nous proposerons une ébauche de cadre éthico-légal applicable à la conception et à l’utilisation des sexbots.
La fiction d’anticipation annonce depuis longtemps l’avènement de robots dotés de capacités et fonctions sexuelles (sexbots). Depuis quelques années, la réalité rejoint la fiction. Parallèlement à l’explosion des nouvelles technologies sexuelles immersives (p. ex., la pornographie en réalité virtuelle (RV) et en réalité augmentée (RA)), aux premières applications d’intelligence artificielle (IA) à la pornographie ainsi qu’au développement d’agents conversationnels sexualisés, les premiers prototypes de poupées sexuelles dotées d’IA et de capacités animatroniques sont présentement développés et mis en marché. Certains chercheurs constatent déjà la croissance rapide et importante des relations intimes avec des partenaires virtuels et mécatroniques. Du point de vue de l’industrie des technologies sexuelles, cette innovation permettra de combler des besoins chez les millions de consommateurs de jouets sexuels et procurera des bénéfices encore inédits aux personnes célibataires, isolées ou handicapées. Toutefois, l’émergence de ces nouveaux artéfacts sexuels laisse présager des conséquences insoupçonnées; des mouvements sociaux opposés à leur développement se sont déjà formés, notamment la Campaign Against Sex Robots (depuis 2015). Les premiers chercheurs anglophones ayant abordé la problématique des robots sexuels, à la suite du philosophe John Danaher, sont divisés sur la question : certains dénoncent les risques (p. ex., la promotion de normes sexuelles néfastes), alors que d’autres défendent leur potentiel positif (p. ex., les applications médicales et thérapeutiques). Néanmoins, les études scientifiques du sujet demeurent limitées et très spéculatives; aucun modèle théorique sérieux n’a été proposé jusqu’à maintenant pour étudier ces phénomènes. Le présent manque de recherche entraîne de graves incertitudes quant au développement et à l’encadrement futur de l’industrie de la robotique sexuelle.
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