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Gerardo Perfors Barradas : Laboratoire CERAPS - Université de Lille
Les travaux scientifiques traitant le sujet de la migration des personnes aux sexualités non-normatives commencent à devenir plus fréquents. Après un début de siècle qui a vu quelques livres importants et novateurs qui ont traité ce sujet, (Patton 2000 ; Cruz & Manalansan; Wat; Manalansan; Epps; Luibheid & Cantú), la 2ème décennie du XXIème a construit sur cette base (Viteri; Vásquez del Águila; Carrillo; Amari; Provencher; Vartebedian) . Avec des nombreux études sur les demandeurs d’asile, la plupart des travaux se concentrent sur des études de cas spécifiques, qui peinent à rester d’actualité face à d’importants changements légaux, sociaux et politiques.
Peut-on, cependant, faire des nouvelles découvertes en étudiant le phénomène qu’on pourrait nommer « migrations LGBTQ » en comparant la diversité des flux en termes de classe, race, sexe, et pays d’origine et de destination ? Si bien, comme Lubheid constate, rejoindre « queer » et « migration » résulte dans un « unruly body of scholarship », on doit persévérer dans l’effort de « cartographier le(s) sujet(s) » que Mai et King évoquent concernant l’étude de l’amour, la sexualité et la migration. Dans ce cadre, je propose de vous partager mon analyse bibliographique de 102 documents sur le sujet et comment leurs approches théoriques et méthodologiques alimentent mon travail de thèse sur les trajectoires migratoires et affectives des Mexicains aux sexualités non-normatives à Paris.
S’inscrivant dans une perspective intersectionnelle et critique, ce colloque met de l’avant les parcours multiples et complexes qui sont partagés par des personnes LGBTQ migrantes, réfugiées et/ou issues de la diversité ethnoculturelle. Dans un contexte social où les normes de genre et de sexualité associées aux immigrants tendent à être reléguées au conservatisme et à la répression et celles des sociétés occidentales au libéralisme et à l’émancipation, il semble important de réfléchir sur cette tension telle qu’elle se répercute véritablement dans le parcours des personnes migrantes et racisées qui s’identifient comme LGBTQ. En plus de remettre en question et de potentiellement participer à une reconceptualisation du récit dominant de l’« identité gaie », lequel repose historiquement sur des présomptions fortes de visibilité et de « sortie du placard », la mise en lumière des parcours de ces personnes vivant à l’intersection de multiples axes d’oppression fait apparaître la compréhension qu’elles ont d’elles-mêmes, de leurs identités et de leurs pratiques. Les personnes migrantes et/ou racisées qui revendiquent une identité LGBTQ+ ou toute forme de sexualité non normative ne peuvent être réduites à de simples modèles d’assimilation de la culture occidentale dominante alors que leurs revendications identitaires émergent de dynamiques de pouvoir complexes qui s’inscrivent à l’intersection de la migration et des transformations culturelles que cette dernière provoque souvent. Ces réflexions sont également soutenues par le souci de ne pas homogénéiser les vécus de ces personnes, alors que certaines, comme les femmes trans racisées, connaissent des parcours difficiles et peu étudiés. Ce colloque permet un espace d’échange et de discussion entre personnes concernées, chercheur.se.s, militant.e.s et allié.e.s afin de nuancer le cadre d’interprétation encore trop fortement dichotomique, impensé ou invisible du parcours des personnes migrantes et de minorités sexuelles.
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