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Un cadre d’analyse féministe pour étudier le rapport entre travail de care et qualité des soins

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Marie-Hélène Verville : UQO - Université du Québec en Outaouais

Résumé de la communication

Depuis une quarantaine d’années, des chercheuses féministes – sociologues du travail, anthropologues, politicologues, etc. ─ se sont attelées à circonscrire ce qu’on appelle désormais le travail de care. Elles ont généré une riche littérature pour rendre compte de ce travail. Dans cette communication, nous présentons un cadre d’analyse multidisciplinaire construit à partir des écrits de trois d’entre elles, qui vise à rompre avec l’invisibilisation de plusieurs facettes de ce labeur. Ce cadre servira à une future analyse du rapport entre travail rémunéré de care et qualité des services dans le secteur de l’aide à domicile au Québec, travail ayant la particularité de se situer aux frontières des sphères professionnelle et domestique. Pour la première, Tronto (1993), le care est toujours relationnel ; il prend sa place comme une activité centrale à la vie humaine. L’analyse de la seconde, Saillant (1991, 1992), fait apparaitre la richesse et la complexité des soins; si ceux-ci doivent favoriser le retour à l’indépendance, cela demande la reconnaissance de notre interdépendance. Enfin, Kergoat (2010), met de l’avant la déqualification des travailleuses du care entendue comme étant expression des rapports sociaux de sexe; le travail est déqualifié parce qu’assimilé aux tâches assignées aux femmes et pour lesquelles elles posséderaient des qualités « naturelles ».

Résumé du colloque

La question du care fait l’objet d’un nombre croissant de travaux en sciences humaines et sociales. La notion fait également l’objet de débats sur le plan de sa conceptualisation (Bourgault et Perreault, 2015) et de ses enjeux au sein des milieux féministes de recherche et de pratique. Cet intérêt peut s’expliquer, d’une part, par la croissance des besoins de services attribuable à une plus grande longévité de la population et, d’autre part, par les restructurations néolibérales des services publics. L’intensification du travail de care réalisé dans le cadre des services publics (Bourque et Grenier, 2016) se conjugue avec son externalisation, malgré la complexification des soins. Ainsi le travail de care se réalise-t-il de plus en plus sous l’égide de prestataires privés gérant une panoplie de formes d’emploi déqualifié et précaire (Boivin, 2017). Le retrait de l’État social accroît aussi la charge pour les personnes proches aidantes s’occupant de personnes âgées, d’enfants ou d’adultes vivant avec un handicap. Elles doivent souvent déployer des compétences habituellement détenues par le personnel professionnel du réseau public de la santé et des services sociaux (Des Rivières-Pigeon et Courcy, 2014). Ce sont encore majoritairement des femmes qui réalisent ce travail de care intensifié, dévalué et socialement assigné, dont des femmes racisées et migrantes qui peuvent vivre des situations de travail non libre (Galerand et Gallié, 2018) et des désavantages structurels résultant des rapports Nord-Sud et des politiques migratoires (Blackett, 2011). Ces transformations du travail de care posent avec acuité l’enjeu de la division sexuelle, raciale et internationale du travail (Damamme et Hirata, 2017; Nakano Glenn, 2009), de même que celui de la capacité d’action collective des travailleuses du care. Ce colloque vise le partage et la diffusion des résultats de recherche de chercheuses et d’étudiantes ayant entamé une réflexion interdisciplinaire sur le travail de care et ses objets connexes au chantier de recherche Travail (domestique, professionnel, militant et ses divisions) du Réseau québécois en études féministes (RéQEF).

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 30 mai 2019

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