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Marie Fraser : UQAM - Université du Québec à Montréal
La chronologie est considérée comme la principale et la plus normée des modalités d’exposition de collections depuis la naissance du concept moderne de musée au 18ème siècle. Cette communication vise à en étudier les déclinaisons à travers le temps : de l’essor de l’historicisme aux accrochages modernistes, jusqu’aux nouveaux usages qui en repensent autrement les paramètres spatiaux et temporels. Loin de répondre à un seul et unique modèle narratif, loin d’afficher la stabilité ou la permanence associée aux collections, les déclinaisons chronologiques seraient plus variées et complexes qu’il y paraît. Cette hypothèse inviterait aussi plus largement à réfléchir à l’élaboration d’une histoire des expositions de collections qui chercherait à être sensible à la mise en série des œuvres et aux nouveaux savoirs qu’elle produit, à ses variations autant qu’à ses récurrences, à ses bouleversements autant qu’à la normalisation des modèles muséographiques. Alors que l’actuelle histoire des expositions se limite à dresser une nomenclature de cas exemplaires qui laisse peu ou pas de place à l’étude des collections, ne devrait-on pas justement remettre en question le modèle temporaire de l’histoire évènementielle qu’elle privilégie ? La chronologie sera l’occasion de reconsidérer l’articulation entre collection et exposition, entre permanent et temporaire, dans la perspective d’un tournant réflexif et curatorial au sein des musées.
Les « nouveaux usages des collections » regroupent un ensemble de pratiques muséales qui ont vu le jour isolément depuis la fin des années 1960 et qui, avec le tournant du millénaire et le retour réflexif aux collections, se sont multipliées au sein des musées d’art. Ces usages forment une constellation de stratégies ayant une véritable incidence sur les types d’œuvres acquises, les modalités d’acquisition, les pratiques de conservation et les mises en valeur des collections qui sont envisagées par les musées. Ils en sont venus à transformer la nature du travail muséal et à décupler les possibilités de présentations en salle et en ligne. Ces nouveaux usages dynamisent aussi bien les collections contemporaines que les collections historiques qui, jusqu’à récemment, demeuraient associées par le public à la pérennité des expositions permanentes.
Ce colloque aborde, sous des perspectives théoriques, historiques et pratiques, la diversité des manifestations de ces nouveaux usages dans le but de contribuer à la revalorisation des collections au sein du musée d’art, d’étudier les nouveaux savoirs qu’ils engagent, d’analyser leurs conditions d’émergence et leurs conséquences pour la dimension patrimoniale des collections, tout en amorçant une réflexion sur l’ouverture des collections et la diffusion des connaissances qu’impose le tournant numérique. Le colloque s’inscrit dans le cadre des travaux du groupe de recherche et réflexion CIÉCO (Collections et impératif événementiel/The Convulsive Collections) réalisés sous la direction de Johanne Lamoureux. Entre 2014 et 2018, CIÉCO a notamment relevé l’apport des architectures spectaculaires des musées, des procédés de singularisation des œuvres (Lamoureux, 2017) et de la performance (Fraser, 2016-2017) aux nouveaux usages. Le groupe de recherche a pu démontrer que les « cartes blanches » octroyées aux artistes et, dans une moindre mesure, aux célébrités étaient le principal usage événementiel des collections des musées d’art à avoir fait l’objet de recherches soutenues (Boucher, 2018). En 2019, l’équipe élargie de chercheurs et de chercheuses ainsi que de partenaires muséaux étend le champ de ses recherches au-delà de la dimension événementielle pour examiner l’ensemble des nouveaux usages des collections.
BOUCHER, M., et G. CHEVALIER (dir.) (2018). Dossier « La carte blanche dans les collections : une stratégie évènementielle », Muséologies. Les cahiers d’études supérieures, vol. 9, no 2.
FRASER, M., et F.-A. DUBÉ-MOREAU (Hiver 2016 – printemps 2017). « Performer la collection. Comment le reenactement performe-t-il ce qu’il recrée? ». Dans BÉNICHOU, A. (dir.), Intermédialités, nos 28-29. <doi:107202/1041088ar>.
LAMOUREUX, J., BOUCHER., M., et M. FRASER (2017). « Looking at the One and Only: The Return of the Single-Work Show », Stedelijk Studies, no 5. https://www.stedelijkstudies.com.
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