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Bruno Robbes : CY Cergy Paris Université
À la lecture des travaux scientifiques qui prennent la pédagogie comme objet de recherche (d’où la dénomination générique de «recherches de pédagogie»), j’ai repéré quatre types de recherches de pédagogie, que je présenterai d’abord brièvement : recherches «sur», «par», «pour» et «avec».
Pour étudier les pédagogies alternatives, coopératives, institutionnelles actuellement pratiquées, je soutiens une posture de recherche «avec» qui se réfère au cadre théorique d’analyse et à la méthodologie de la socio-clinique institutionnelle (Monceau), ainsi qu’à la multiréférentialité (Ardoino).
Je définirai cette posture de chercheur. Puis, j’expliciterai ce que j’entends par «recherche-action de pédagogie», les choix épistémologiques sous-jacents et les conséquences que j’en tire au plan méthodologique. Je préciserai alors le dispositif de travail en collaboration que je propose aux praticiens des écoles alternatives. Je donnerai enfin un exemple récent de mise en œuvre de ce dispositif, dans une école élémentaire d’un quartier populaire de Paris.
Dès la fin du XIXe siècle, la volonté de dépasser la tradition pédagogique en place dans les institutions scolaires engendre le mouvement des écoles nouvelles, porté par de grands pédagogues tels que Tolstoï, Dewey, Montessori, Ferrer, Claparède, Neil et Freinet. Au Québec, le mouvement des écoles alternatives apparaît au sein du système scolaire public à l’ouverture de l’école Jonathan en 1974 (RÉPAQ, 2008). Parallèlement, la pratique millénaire de l’apprentissage en famille (homeschooling) prend de l’expansion en Amérique du Nord et en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle (Gaither, 2008).
Aujourd’hui, en France, les écoles nouvelles connaissent un regain d’intérêt (Viaud, 2017). Les enseignants des écoles publiques sont de plus en plus nombreux à déclarer utiliser les pédagogies « nouvelles » : ils intègrent la pédagogie Montessori au sein d’écoles maternelles; ils appliquent la pédagogie coopérative (Freinet) dans leur classe; ils œuvrent dans des écoles membres de la Fédération des établissements scolaires publics innovants. Au Québec, le Réseau des écoles publiques alternatives témoigne également d’un nouvel élan, une vingtaine de projets de nouvelles écoles s’ajoutant aux 45 établissements existants (Conseil supérieur de l’éducation, 2016; Pion, 2016). De plus, la popularité grandissante de l’apprentissage en famille pousse les gouvernements à revoir leur législation pour préciser le rôle des instances publiques eu égard à cette forme d’éducation, notamment en France en 2016 (décret n° 2016-1452), au Québec en 2017-2018 (projet de loi no 144 et décret 644-2018) et en Suisse, où le canton de Vaud a récemment annoncé cette intention (Rippstein, 2018).
Encore peu étudiés dans la francophonie, ces mouvements éducatifs alternatifs doivent être mieux connus, compris et scientifiquement appuyés. En effet, ils soulèvent plusieurs questions pédagogiques, sociales et de gouvernance. De plus, leur étude présente des défis conceptuels et méthodologiques particuliers.
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