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Irina Kirchberg : Université de Montréal
Les définitions et les pratiques que rassemblent l’étiquette « médiation culturelle » sont multiples. De cette multiplicité résulte un flou et des incompréhensions entre le milieu de la recherche qui analyse la médiation dans le domaine de la musique et les professionnels qui la mettent en œuvre afin d’agir au développement des publics. Plus encore, ce problème influe sur l’activité des professionnels du milieu musical qui ne savent pas sur quelles définitions s’appuyer pour coordonner leurs actions (Lussier, 2015). Notre recherche en cours sur les dispositifs numériques de médiation de la musique se situe au croisement de ces questions théoriques et pratiques. Par une démarche inductive partant d’une analyse des productions disponibles sur le web, il s’agit de proposer une description de la médiation de la musique telle que mise en œuvre à l’ère du numérique en réfléchissant aux points de contact qui s’établissent avec d’autres domaines tels que l’éducation artistique et culturelle (Caillet, 1995, Dahan, Labadie & Octobre, 2014; Symposium européen et international de recherche; 2007), la pédagogie musicale (Mili, Grivet Bonzon, Jacquin, Knodt & Haefely, 2017; Rieppi, 2017) et les TICs (De Blas, Bourgeon-Renault & Jarrier, 2005; Courvoisier, Balloffet & Lagier, 2014). Après avoir présenté les enjeux de cette investigation en termes de recherche fondamentale et de recherche appliquée, je montrerai comment ce projet peut servir la formation des futurs médiateurs de la musique.
Grâce au développement des capacités d’encodage informatique, des réseaux, des équipements et des applications logicielles, le numérique a entraîné de nombreux organismes à repenser leur mission culturelle et éducative, notamment les musées, en les amenant à se projeter dans un nouvel espace offrant une grande diversité à l’action (Allard, 2012; Devauchelle, 2012; Andreacola, 2014; Baujard, 2018; Vidal, 2018) dans une perspective de démocratisation culturelle. Ainsi, des pratiques de médiation culturelle (Casemajor, Dubé, Lafortune et Lamoureux, 2017) tirent profit des potentialités offertes par le numérique pour favoriser l’établissement d’une relation entre diverses propositions culturelles ou artistiques et des publics diversifiés.
Qu’il tire son origine des musées, des bibliothèques et centres d’archives, de la danse, du théâtre, du cirque ou de la musique, le déploiement de pratiques de médiation culturelle au moyen de dispositifs numériques fait naître de multiples enjeux et problématiques. Alors que divers inventaires critiques de dispositifs de médiation numériques sont en cours, notamment par Guay (2017) dans le domaine des arts de la scène, et Duchesneau et Kirchberg (2017) pour la musique, que des intervenants culturels, éducatifs et universitaires se questionnent sur la valorisation scolaire des contenus culturels numériques (Larouche et Simard, 2017) et que des intervenants muséaux s’interrogent sur les bénéfices associés à différents dispositifs (Musée des beaux-arts de Montréal, 2018), nous proposons de décrire et de discuter les enjeux associés à la mise en œuvre de dispositifs de médiation numérique, au prisme des disciplines et des publics.
Ainsi, sur le plan disciplinaire, de quelle nature sont les propositions culturelles visées par la médiation numérique et comment sont-elles prises en charge par différents dispositifs? Comment se conjugue, dans le secteur des arts de la scène, la médiation numérique à la présence simultanée de l’artiste et du public? Sur quelle temporalité intervient-elle, en lien avec l’expérience même de l’œuvre artistique? Y a-t-il des résistances de la part des créateurs et comment s’expriment-elles à l’égard de la médiation numérique? Jusqu’à quel point la mise en place d’un dispositif s’appuie-t-elle sur la collaboration et la cocréation avec les usagers pressentis? Comment, dans l’espace muséal, le déploiement de dispositifs de médiation numérique percute-t-il l’expérience même de visite? Jusqu’à quel point les dispositifs de médiation numérique favorisent-ils l’appropriation des propositions culturelles ou artistiques auxquelles ils se rapportent? Comment se mesure l’atteinte d’objectifs liés aux dispositifs de médiation numérique? Ce sont là quelques-unes des questions de ce colloque lancé par le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture, et qui réunira chercheurs et praticiens aux différents ancrages disciplinaires.
Titre du colloque :