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Joannie ST-PIERRE : Université d'Ottawa
Sous l’élan du courant inclusif actuel, les enseignants québécois se positionnent entre l’efficacité de l’école et son projet égalitaire. « Une école pour tous » demande que les enseignants agissent au sein de classes formées d’une variété d’élèves, alors que « la réussite pour tous » exige qu’ils s’attardent aux spécificités et aux besoins d’apprentissage de chacun dans une classe où règne l’hétérogénéité. Considérant que le plan d’intervention est un dispositif d’équité visant à mettre en place des mesures d’adaptation en classe afin de répondre aux besoins individuels de certains élèves, la discussion entourant sa mise en œuvre lève le voile sur cette difficile mise en balance.
Ayant assisté à une formation obligatoire offerte au sein de mon école secondaire, la narration issue de ma recherche autoethnographique en cours rend accessible la culture scolaire dans laquelle s’ancre mon expérience professionnelle. Inspirée de Dubet dont les écrits font écho aux racines cléricales de l’école, l’analyse thématique en continu révèle qu’à travers les vives réactions de mes collègues, les négociations des espaces professionnels renseignent quant à la résistance dont peuvent faire preuve certains enseignants par rapport à la mise en oeuvre de ce dispositif. En effet, il semble désormais légitime, au nom de l’élève usager, de remettre en question l’agir enseignant. C’est donc au nom de l’égalité des chances que le plan encadre étroitement l’autonomie des enseignants.
Dans la foulée de l’Education for All Handicapped Children Act, le plan d’enseignement individualisé (PEI) est apparu aux États-Unis dès 1975. Il vise à offrir des programmes et des services adaptés à l’élève (Goupil, 2004) et s’est largement répandu à partir des années 1990 en Amérique du Nord et en Europe (Rodger, 1995), devenant même une obligation légale dans de nombreux pays. L’Agence européenne pour l’éducation adaptée et inclusive indique que « la plupart des pays utilisent un projet éducatif individualisé (PEI) pour les étudiants à besoins éducatifs particuliers (BEP) pendant la scolarité obligatoire. Ce type de document inclut généralement la manière dont le programme d’enseignement est suivi, les ressources supplémentaires nécessaires, les objectifs et l’évaluation de l’approche éducative adoptée » (2003, p. 12). Il en existe des variantes : on parle de plan d’enseignement individualisé (PEI) en Ontario, de plan d’intervention (PI) au Québec, de projet pédagogique individualisé (PPI) en Suisse, de plan individuel d’apprentissage (PIA) en Belgique, ou encore de projet personnalisé de réussite éducative (PPRE) en France pour ne nommer que celui-ci (la France compte plusieurs déclinaisons du plan en fonction des besoins identifiés des élèves). Le plan d’intervention exerce généralement sept fonctions (communication, planification, identification, collaboration, régulation, adaptation et transition) (Tremblay, 2018). La mise en œuvre des plans ne semble cependant pas toujours aller de soi. Face aux difficultés et limites dans la mise en œuvre, il est utile de s’interroger sur les fonctions et les usages de ces types de plans d’aide à l’élève et, plus généralement, de dispositifs autres d’aide, d’accompagnement ou de soutien aux élèves.
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