Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Lucie Lamarche : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’examen des processus gouvernementaux d’évaluation des impacts environnementaux des oléoducs, par l’Office national de l’énergie ou des organismes provinciaux comme le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), démontre une préoccupation marquée, quoique « codée », en faveur de la protection des droits humains, en particulier les droits des citoyens à un environnement sain, à la santé et à la sécurité. En effet, bien qu’elles ne parlent pas le langage (parfois rébarbatif) des juristes, les nombreuses municipalités qui participent aux consultations de ces organismes, expriment des préoccupations directement liées aux droits humains lorsqu’elles se montrent préoccupées des conséquences des oléoducs sur le territoire qu’elles occupent et administrent. Les organismes gouvernementaux chargés de pondérer les différents intérêts en jeu et d’évaluer les impacts environnementaux des oléoducs sont généralement réceptifs à ces revendications municipales. Ils formulent d’ailleurs, lorsqu’ils recommandent au gouvernement la construction d’un oléoduc, plusieurs recommandations favorisant la protection des droits humains par l’entreprise. Ce faisant, ils confirment la capacité et le devoir des autorités municipales de protéger les droits humains de leurs citoyens.
Le Canada traverse une crise constitutionnelle et politique en ce qui concerne le transport de pétrole par oléoducs. Des projets comme Trans Mountain, Northern Gateway ou Énergie Est font, ou ont fait, l’objet de débats animés entre les provinces et le gouvernement fédéral. D’un point de vue juridique, le débat se concentre ainsi souvent sur le fait de donner ou non le dernier mot au gouvernement fédéral, au nom de l’intérêt économique national, ou sur les conditions que pourraient ou non imposer les autorités provinciales. Malheureusement, on accorde beaucoup moins d’attention aux administrations municipales en dépit du fait que les oléoducs traversent le territoire de centaines de municipalités canadiennes. Les municipalités sont-elles en mesure de répondre aux préoccupations et aux revendications des citoyennes et des citoyens? Nous aborderons le rôle et les limites des pouvoirs dont disposent les municipalités sous quatre échelles : en droit municipal, en droit fédéral, en droit constitutionnel et en droit international. Sur le plan constitutionnel, les décisions des tribunaux révèlent une voie prometteuse, mais limitée, pour les municipalités qui peuvent généralement exercer leur droit de délivrer et de contrôler plusieurs permis et imposer, selon plusieurs constitutionnalistes, des modalités raisonnables aux oléoducs, à la condition que celles-ci n’aient pas d’effets excessivement lourds sur leur construction et leur exploitation. Sur le plan législatif, si les pouvoirs municipaux varient d’une province à l’autre, puisque les municipalités n’exercent que les compétences leur étant dévolues par les provinces, le milieu municipal dispose tout de même de manière générale de pouvoirs importants dans des domaines comme l’environnement, l’aménagement du territoire, la sécurité et la santé publiques, qui leur permettent d’intervenir, en matière de gestion des risques, au bénéfice des intérêts citoyens locaux. Enfin, en droit international, les organismes classiques de protection des droits de l’ONU, qui assurent le respect par le Canada de ses obligations en matière de droits de la personne, semblent porter une attention croissante envers les administrations municipales et leur imposent dorénavant des obligations qui, jusque-là, n’étaient imposées qu’aux États nationaux. Nous avançons conséquemment que ce contexte politique et juridique évolutif favorise l’émergence de l’acteur municipal et d’une protection accrue des droits de la personne dans la ville eu égard au transport de pétrole par oléoduc au Canada.
Titre du colloque :
Thème du colloque :