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Marion Leboucher : Université de Montréal
Cette communication se base sur une enquête de terrain menée auprès de plusieurs groupes
intervenant auprès des femmes, plus précisément dans la lutte contre les violences conjugales et
l’accompagnement « par et pour » les travailleuses du sexe dans des villes en France et au
Québec. L’intervention féministe, ou « pour la cause des femmes» est un domaine
des milieux communautaire et associatif où la pratique militante a souvent été à l’origine du
développement des services d’accompagnement des femmes. L’institutionnalisation des groupes
a cependant eu des effets non-négligeables, par les effets de conditionnalité des financements
étatiques mais aussi des pratiques de recrutement, sur les pratiques et les carrières des
intervenantes.
Comment agir dans son travail lorsque l’État impose des conditions d’intervention
qui vont parfois à l’encontre des valeurs « militantes » ou « engagées » des groupes, ou des
travailleuses ? La dimension comparée de ce travail apporte des éléments de compréhension de
certaines formes de mise à distance de l’étiquette militante, en revendiquant une certaine
professionnalité ou un rapport plus « pragmatique » de l’intervention, et/ou de réaffirmation de la
dimension féministe de l’intervention. Réinscrire ces carrières dans les histoires plus larges des
transformations des politiques sociales françaises et québécoises permet de voir les effets
structurants de l’histoire des groupes et de leur rapport allié/défiant à leurs interlocteur·trice·s
étatiques.
Au Québec, la pratique de l’organisation communautaire a produit dans les 50 dernières années tout un corpus de connaissances (Bourque et al., 2007; Lavoie et Panet-Raymond, 2014). Celles-ci ont largement été influencées par certaines réalités historiques nationales liées à la formation et à la transformation de l’État social et à l’évolution de ses rapports avec les mouvements sociaux, en particulier avec les groupes communautaires. Cette imbrication a procuré une certaine vitalité aux savoirs dans le domaine, qui conserve malgré tout quelques zones d’ombre importantes. La réflexion sur la place du conflit dans l’intervention, notamment, a été en grande partie délaissée, alors que depuis plusieurs décennies l’accent est mis sur les liens de partenariat qui devraient unir les acteurs sociaux et politiques (Gaudreau, 2013). D’autres formes de mobilisation, concernant entre autres la critique anticapitaliste ou la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, tardent également à être pleinement intégrées aux analyses. Le sens même des termes employés pour définir la pratique, tels que « organisation » ou « communauté », demeure aussi peu problématisé. Enfin, les comparaisons internationales se font encore trop peu nombreuses, la littérature restant très attachée à la singularité de l’expérience québécoise, surtout francophone.
Partant de ces constats, ce colloque propose de contribuer au renouvellement des connaissances sur l’organisation communautaire en travail social, en abordant cette pratique à la lumière de perspectives théoriques et d’objets empiriques nouveaux et revisités. La réflexion se structurera en trois blocs : 1) regards critiques et épistémologiques; 2) récits de pratiques en marge; et 3) outils méthodologiques et théoriques. D’un point de vue transversal, cette journée permettra d’interroger les frontières de l’organisation communautaire en tant que pratique professionnelle et militante.
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