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Femmes, travail du care et néocolonialisme

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Nora Nagels : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dès la fin des années 1990, les programmes de transferts conditionnés (PTC) sont l’un des instruments qui opérationnalisent l’approche de développement humain promues par les institutions internationales de développement. Il s’agit de transferts financiers accordés aux mères de familles pauvres et dont l’octroi est conditionnel à la scolarisation et au suivi sanitaire de la petite enfance et de la maternité. Les PTC visent deux objectifs : à court terme, diminuer la pauvreté en augmentant les liquidités des foyers ; et à long terme, rompre le cycle intergénérationnel de la pauvreté en augmentant le capital humain des générations futures. Depuis le lancement, presque tous les pays d’Amérique latine ont adopté ce type de programmes. Élaborés dans la foulée des conférences des Nations Unies consacrées aux femmes et de l’ascension du féminisme mondial (Levitt et Merry, 2009), les PTC intègrent des enjeux « femmes et pauvreté » et de genre. Cependant, en mobilisant le concept de genre dans une perspective féministe critique, cette contribution montre que les PTC se traduisent par un renforcement des inégalités de genre et des inégalités ethniques. D’abord parce qu’ils sont maternalistes et perpétuent la division sexuelle traditionnelle du travail, ensuite parce qu’ils sont néocoloniaux et stigmatisent les populations autochtones.

Résumé du colloque

Les études en genre et développement font partie intégrante de la conversation et des relations en cours entre universitaires et activistes, chercheuses et praticien/nes. Ce champ d’études a vu le jour en raison de préoccupations quant à la façon dont les autres domaines de recherche ignoraient ou déformaient l’histoire, les enjeux, les théories, les expériences ainsi que les perspectives des femmes. Ce domaine d’études interdisciplinaires et multidisciplinaires explore le genre comme construction sociale et culturelle, de même que le statut social et les contributions des femmes à la société, ainsi que les hiérarchies et relations de pouvoir à l’œuvre dans des sociétés et des époques différentes. Émergeant d’abord sous la forme de cours intégrés à des programmes existants, ces études ont été constituées en programmes de premier et de deuxième cycle universitaire dans les années 1980. Dans ce congrès, nous faisons le point sur l’adoption de l’approche féministe par les théoricien/nes et praticien/nes du développement rattaché aux courants et aux institutions dominantes. Il s’agit également d’évaluer si et comment de nouvelles pratiques féministes ont été théorisées dans les deux dernières décennies. Enfin, nous tentons de comprendre le rôle actuel des perspectives féministes dans les débats en développement international : ont-elles réussi à réduire les inégalités hommes-femmes en développement international et, si oui, comment?

Le genre y est considéré comme résultant d’un processus historique changeant et complexe, construit par les institutions économiques, sociales et culturelles, et les construisant à son tour. Les relations de genre désignent les rapports sociaux, notamment les inégalités entre les hommes et les femmes, mais aussi entre ceux/celles-ci et d’autres catégories sociales (de classe, de « race » ou d’ethnie, de religion, d’incapacité, etc.). Bien que conditionnées par les normes économiques, sociales et politiques prévalentes dans un temps et un espace donnés, ces relations sont dynamiques et, à ce titre, modifiables. Par ailleurs, le genre renvoie aux émotions, un puissant marqueur des stéréotypes de sexe, et aux identités mouvantes liées à des féminités et à des masculinités divergentes qui, au-delà de ces dualités, comprennent désormais les réalités transgenres (Connell, 2012). Attiré/es par ce sujet d’étude, souvent en raison de leur sensibilité politique à l’égard de la justice de genre, les universitaires et les praticien/nes du développement considèrent que la notion de genre est indispensable tant d’un point de vue politique que théorique pour comprendre non seulement les tensions et divisions qui traversent le domaine du développement international, mais aussi les inégalités de sexe et leurs intersections avec d’autres systèmes d’oppression (racisme, classisme, capacitisme, etc.) qui touchent à des degrés divers toutes les sociétés.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 31 mai 2019

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