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Marie France Labrecque
Malgré les différents mots d’ordre du développement international au cours des cinquante dernières années, ses paradigmes fondamentaux, dont celui de la croissance économique, montrent une singulière continuité. Par contre, la rencontre du développement international avec le paradigme de l’égalité entre les femmes et les hommes semble introduire une certaine fracture au sein des modèles dominants et un véritable potentiel de changement. Cette rencontre présente en effet une particularité, soit celle de s’alimenter à des cadres théoriques et conceptuels qui ne relèvent pas de la science économique mais bien du féminisme et des mouvements sociaux qui le soutiennent. Dans cette communication, tout en m’inspirant des approches décoloniales et du féminisme intersectionnel, j’entends montrer comment le paradigme de la croissance économique n’a pas été nécessairement bénéfique pour les femmes des pays aujourd’hui dits « en développement ». Je tenterai d’expliquer comment le paradigme de l’égalité entre les femmes et les hommes s’est introduit dans les approches du développement, et aussi comment il a été interprété et souvent redéfini au cours des dernières décennies. Je m’interrogerai, en conclusion, sur l’avenir du développement et sur les formes que prendra la rencontre des différentes stratégies et objectifs de développement durable avec le paradigme de l’égalité.
Les études en genre et développement font partie intégrante de la conversation et des relations en cours entre universitaires et activistes, chercheuses et praticien/nes. Ce champ d’études a vu le jour en raison de préoccupations quant à la façon dont les autres domaines de recherche ignoraient ou déformaient l’histoire, les enjeux, les théories, les expériences ainsi que les perspectives des femmes. Ce domaine d’études interdisciplinaires et multidisciplinaires explore le genre comme construction sociale et culturelle, de même que le statut social et les contributions des femmes à la société, ainsi que les hiérarchies et relations de pouvoir à l’œuvre dans des sociétés et des époques différentes. Émergeant d’abord sous la forme de cours intégrés à des programmes existants, ces études ont été constituées en programmes de premier et de deuxième cycle universitaire dans les années 1980. Dans ce congrès, nous faisons le point sur l’adoption de l’approche féministe par les théoricien/nes et praticien/nes du développement rattaché aux courants et aux institutions dominantes. Il s’agit également d’évaluer si et comment de nouvelles pratiques féministes ont été théorisées dans les deux dernières décennies. Enfin, nous tentons de comprendre le rôle actuel des perspectives féministes dans les débats en développement international : ont-elles réussi à réduire les inégalités hommes-femmes en développement international et, si oui, comment?
Le genre y est considéré comme résultant d’un processus historique changeant et complexe, construit par les institutions économiques, sociales et culturelles, et les construisant à son tour. Les relations de genre désignent les rapports sociaux, notamment les inégalités entre les hommes et les femmes, mais aussi entre ceux/celles-ci et d’autres catégories sociales (de classe, de « race » ou d’ethnie, de religion, d’incapacité, etc.). Bien que conditionnées par les normes économiques, sociales et politiques prévalentes dans un temps et un espace donnés, ces relations sont dynamiques et, à ce titre, modifiables. Par ailleurs, le genre renvoie aux émotions, un puissant marqueur des stéréotypes de sexe, et aux identités mouvantes liées à des féminités et à des masculinités divergentes qui, au-delà de ces dualités, comprennent désormais les réalités transgenres (Connell, 2012). Attiré/es par ce sujet d’étude, souvent en raison de leur sensibilité politique à l’égard de la justice de genre, les universitaires et les praticien/nes du développement considèrent que la notion de genre est indispensable tant d’un point de vue politique que théorique pour comprendre non seulement les tensions et divisions qui traversent le domaine du développement international, mais aussi les inégalités de sexe et leurs intersections avec d’autres systèmes d’oppression (racisme, classisme, capacitisme, etc.) qui touchent à des degrés divers toutes les sociétés.
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