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La robotique sexuelle : continuum de la violence sexuelle ? Un enjeu d’éthique publique féministe

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Pauline Noiseau : Université de Montréal

Résumé de la communication

Nous commencerons la présentation en nous posant la question suivante : en quoi la robotique sexuelle est-il un enjeu proprement féministe ? En effet, il s’agira de montrer que la robotique sexuelle telle qu’elle est aujourd’hui développée sur le marché tend à normaliser la violence sexuelle par le biais du robot représentant le genre féminin. Cette normalisation s’exerce par le moyen d’une représentation stéréotypée du corps des femmes. Il s’agira dès lors de pointer les limites de cette représentation située, s’enracinant dans des schémas de domination.

Nous présenterons et questionnerons quelques éléments présents sur un robot sexuel, à savoir le langage, la personnalisation et la forme. La conception du robot sexuel manifeste des éléments de la sexualité et nous avise quant à la manière dont est perçu le genre féminin. Nous montrerons aussi que la robotique sexuelle possède une dimension transversale de la réalité sociale. Nous nous appuierons sur des féministes radicales, telles que Catharine MacKinnon et Andrea Dworkin pour soutenir l'argument que la robotique sexuelle constitue un moyen réel de domination.

Enfin, nous montrerons en quoi la robotique sexuelle est un enjeu d’éthique publique féministe. La réponse apportée devrait non seulement être de l’ordre de l’expertise épistémique mais aussi de l’ordre du politique. Les robots sexuels ne devraient pas être traités comme des objets de vie privée mais, au contraire, comme relevant d’une éthique publique féministe.

Résumé du colloque

La fiction d’anticipation annonce depuis longtemps l’avènement de robots dotés de capacités et fonctions sexuelles (sexbots). Depuis quelques années, la réalité rejoint la fiction. Parallèlement à l’explosion des nouvelles technologies sexuelles immersives (p. ex., la pornographie en réalité virtuelle (RV) et en réalité augmentée (RA)), aux premières applications d’intelligence artificielle (IA) à la pornographie ainsi qu’au développement d’agents conversationnels sexualisés, les premiers prototypes de poupées sexuelles dotées d’IA et de capacités animatroniques sont présentement développés et mis en marché. Certains chercheurs constatent déjà la croissance rapide et importante des relations intimes avec des partenaires virtuels et mécatroniques. Du point de vue de l’industrie des technologies sexuelles, cette innovation permettra de combler des besoins chez les millions de consommateurs de jouets sexuels et procurera des bénéfices encore inédits aux personnes célibataires, isolées ou handicapées. Toutefois, l’émergence de ces nouveaux artéfacts sexuels laisse présager des conséquences insoupçonnées; des mouvements sociaux opposés à leur développement se sont déjà formés, notamment la Campaign Against Sex Robots (depuis 2015). Les premiers chercheurs anglophones ayant abordé la problématique des robots sexuels, à la suite du philosophe John Danaher, sont divisés sur la question : certains dénoncent les risques (p. ex., la promotion de normes sexuelles néfastes), alors que d’autres défendent leur potentiel positif (p. ex., les applications médicales et thérapeutiques). Néanmoins, les études scientifiques du sujet demeurent limitées et très spéculatives; aucun modèle théorique sérieux n’a été proposé jusqu’à maintenant pour étudier ces phénomènes. Le présent manque de recherche entraîne de graves incertitudes quant au développement et à l’encadrement futur de l’industrie de la robotique sexuelle.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 31 mai 2019

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