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Valérie De Courville Nicol : Université Concordia
Dans le cadre d’une analyse de 21 manuels populaires (1970-2010) qui visent à aider le lecteur à composer avec un problème d’anxiété, j’ai identifié 6 modes de souffrance socioémotionnelle. Ces assemblages affectifs (Wetherell) de pratiques et d’expériences à la fois individuelles et collectives sont générés de façon dynamique et stratégique par les membres d’une collectivité (les auteurs comme les lecteurs, les experts comme les non-spécialistes). Je présenterai un bref survol de chaque mode, après quoi je m’attarderai à l’un d’entre eux, soit l’anxiété généralisée. Cet assemblage affectif émerge dans un processus de modernisation réflexive. Il se rapporte aux défis cognitifs engendrés par la complexification du savoir dans une ‘société du risque’ (Beck, Giddens) et dans une ‘culture de la peur’ (Gerbner, Glassner, Altheide). Quel que soit le point de vue thérapeutique de l’auteur (humaniste, systémique, biomédical, cognitif-behavioral, psychodynamique, neuroscientifique), dans cet assemblage la réalité est comprise comme construite, puisque conceptualisée, médiatisée, anticipée et simulée. Le lecteur est invité à cultiver le contrôle mental afin de contrer un manque de réflexivité personnelle, voire de transformer ses schémas cognitifs pour départager les perceptions aidantes et positives des perceptions qui ne le sont pas. - Valérie De Courville Nicol, Université Concordia
La sociologie du risque est l’un des champs les plus innovants en sociologie contemporaine. Dans le contexte de la crise des années 1920, les économistes Frank H. Knight et John M. Keynes furent parmi les premiers à développer des réflexions sur le risque en sciences sociales. Il est donc étonnant de voir émerger, six décennies plus tard, la sociologie du risque, une spécialisation sociologique peinant toujours à jouir d’une reconnaissance institutionnelle dans le monde universitaire francophone. Dans son allocution présidentielle à l’American Sociological Association, James F. Short (1984) s’inquiétait de la fragmentation grandissante de la sociologie et de son incapacité à offrir un contrepoids au discours hyperspécialisé de la gestion technoscientifique du risque. Or, tant le risque comme objet que la sociologie du risque comme champ de connaissances croisent un nombre impressionnant de sous-disciplines sociologiques : sciences et technologies, environnement, mouvements sociaux, travail, individuation, organisations, santé, crime, sports et loisirs, marchés et finance. Cela tient notamment à l’ambiguïté de la notion de risque, renvoyant tant au danger qu’au possible. À l’origine de la sociologie du risque, l’anthropologie culturelle (Douglas et Wildavsky, 1982) et la théorie de la société du risque (Beck, 1986) développèrent des théories générales de la perception et de l’expérience du risque, réduit au danger. À la suite de la publication de sa traduction anglophone en 1992, ce n’est qu’en 2001 que le célèbre ouvrage d’Ulrich Beck, La société du risque, fut accessible au public francophone. Malgré la publication d’ouvrages de référence (Peretti-Watel, 2001) et de synthèses circonscrites (Chateauraynaud et Torny, 1999), la sociologie francophone tarde à investir systématiquement la sociologie du risque, mais également certains des sous-champs les plus fertiles défrichés par cette sociologie contemporaine, tels que l’assurance, la surveillance et la catastrophe. En contribuant à la synthèse des connaissances, ce colloque vise d’abord à clarifier les grands axes de recherche en sociologie du risque actuelle afin de favoriser l’innovation théorique et empirique, tout en mettant en lumière « l’enflure discursive » du risque et les limites du concept sociologique de risque. La sociologie du risque s’inscrit par ailleurs elle-même dans le contexte de la « question sociale du risque », émergeant dans les années 1950 et 1960 avec les mouvements d’opposition à l’énergie nucléaire, se déployant dans les années 1970 autour de la question environnementale mondiale et des mouvements écologistes, et se renforçant enfin autour des controverses sur les innovations biotechnologiques. Ce colloque vise ainsi également à réfléchir à la position et aux orientations de la sociologie du risque face au monopole de la gestion technoscientifique et probabiliste ainsi que des sciences économiques sur la connaissance et les politiques publiques de gestion du risque.
Titre du colloque :