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Marlene Boudhau : Université des Antilles
Dans le cadre de la recherche « L'enseignement de la littérature franco-caribéenne dans le secondaire à la Guadeloupe », nous nous sommes interrogés sur le type de support et les stratégies utilisés par les enseignants pour enseigner le texte littéraire caribéen. Le résultat de cette enquête a notamment montré la rareté de l'utilisation d'adaptations de textes caribéens dans la classe. Paradoxe étonnant lorsque l'on connait l'intérêt que portent les jeunes pour la bande dessinée, l’une des formes d’adaptations de plus en plus plébiscitées. De plus, Louichon (2015) insiste sur la « dimension réflexive » qu'entrainent les adaptations de textes littéraires et sur l'importance de faire entrer dans la classe de français des « objets médiatiques et sémiotiques multimodaux ».
Paru en 1950, le roman de Joseph Zobel, « La rue cases nègres », a changé le paysage littéraire caribéen de l'époque. L'adaptation cinématographique de Euzhan Palcy (1983) a proposé un regard nouveau sur le parcours initiatique du jeune héros. Ainsi, en 2018, que pourrait apporter l'adaptation en bande dessinée de « La rue cases nègres » ?
Prendre en compte la « transmédialité », c’est-à-dire « travailler la migration d’un art ou d’un médium vers un autre» (Gennai, 2016) pourrait être un défi nécessaire pour le renouveau de la littérature caribéenne dans les écoles, collèges et lycées de la francophonie.
Nous retrouvons l’adaptation de textes sous une multitude de formes et nous y avons recours dans plusieurs domaines différents. Pour certains, l’adaptation de textes est un processus de reterritorialisation du texte de départ (Brisset, 1986). D’autres la définissent comme une forme de naturalisation visant à produire le même effet que l’original (Santoyo, 1989). L’adaptation Web, pour sa part, suppose la révision et la modification de l’ensemble des aspects communicationnels d’un document (Kavanagh, 2007). S’il peut être utile de dresser une typologie de l’adaptation de textes, nous devons tenir compte du fait qu’elle se moque bien de la sempiternelle fidélité absolue à l’original : dans tous les cas, elle sollicite la créativité du langagier, qu’il soit rédacteur ou traducteur. Cette activité est donc davantage de l’ordre de la recréation que de la traduction ou de la rédaction. Cependant, adaptation de textes ne saurait rimer avec liberté inconditionnelle. En effet, c’est l’existence de limites qui permet la définition d’un espace de l’adaptation et, par là même, de l’activité rédactionnelle ou traduisante. Les règles servent de tremplin à la création au sein de limites préétablies.
Ce colloque aimerait susciter une prise en compte des dimensions culturelle et interdisciplinaire de l’adaptation de textes. En effet, celle-ci s’impose de façon différente selon les domaines, les situations et les cultures. Dès lors, le défi est double, car il faut négocier l’adaptation entre un contexte global et territorial.
Ce colloque interdisciplinaire invite des communications sur l’adaptation de textes (depuis ou vers le français et l’anglais si le thème est la traduction) dans les domaines littéraire ou pragmatique : adaptation cinématographique, traduction théâtrale, publicitaire ou audiovisuelle, vulgarisation de textes scientifiques ou techniques, adaptation Web, rédaction devant tenir compte de supports choisis, de publics visés ou de contraintes éditoriales, etc.
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