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Stéfany Boisvert : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication s’appuie sur une analyse de discours de la couverture médiatique (journaux, télévision, web) des robots sexuels. Si les identités sexuées se construisent et se naturalisent grâce à diverses technologies de genre (de Lauretis 1987), dont les médias font évidemment partie, les technologies se voient réciproquement attribuer un genre à travers nos discours médiatiques (Berton 2016). Nous analyserons en outre la tendance générale des discours médiatiques à féminiser et essentialiser les technologies sexuelles, notamment les robots sexuels. Souvent accompagnée de photos présentant des modèles féminins de robots, ou alors d’images qui érotisent les femmes même lorsqu’un modèle masculin est représenté, la couverture médiatique de l’érobotique a certes pour objectif de s’attaquer aux préjugés sexistes des tech industries, mais elle reproduit également une lecture hétéronormative et androcentrique de la sexualité. En ce sens, l’interprétation dominante de la robotique sexuelle en tant que technologie féminisée encourage une réflexion critique sur les risques de confirmation de normes de genre par les voies de la technologie, mais celle-ci contribue aussi à la reproduction d’une lecture genrée, binaire et restrictive de l'érobotique. Dans ce contexte, il importe de développer une réflexion nuancée et proprement performative (Butler 2006) sur le rôle des médias dans la construction de nos rapports au genre et à la sexualité (Attwood 2018).
La fiction d’anticipation annonce depuis longtemps l’avènement de robots dotés de capacités et fonctions sexuelles (sexbots). Depuis quelques années, la réalité rejoint la fiction. Parallèlement à l’explosion des nouvelles technologies sexuelles immersives (p. ex., la pornographie en réalité virtuelle (RV) et en réalité augmentée (RA)), aux premières applications d’intelligence artificielle (IA) à la pornographie ainsi qu’au développement d’agents conversationnels sexualisés, les premiers prototypes de poupées sexuelles dotées d’IA et de capacités animatroniques sont présentement développés et mis en marché. Certains chercheurs constatent déjà la croissance rapide et importante des relations intimes avec des partenaires virtuels et mécatroniques. Du point de vue de l’industrie des technologies sexuelles, cette innovation permettra de combler des besoins chez les millions de consommateurs de jouets sexuels et procurera des bénéfices encore inédits aux personnes célibataires, isolées ou handicapées. Toutefois, l’émergence de ces nouveaux artéfacts sexuels laisse présager des conséquences insoupçonnées; des mouvements sociaux opposés à leur développement se sont déjà formés, notamment la Campaign Against Sex Robots (depuis 2015). Les premiers chercheurs anglophones ayant abordé la problématique des robots sexuels, à la suite du philosophe John Danaher, sont divisés sur la question : certains dénoncent les risques (p. ex., la promotion de normes sexuelles néfastes), alors que d’autres défendent leur potentiel positif (p. ex., les applications médicales et thérapeutiques). Néanmoins, les études scientifiques du sujet demeurent limitées et très spéculatives; aucun modèle théorique sérieux n’a été proposé jusqu’à maintenant pour étudier ces phénomènes. Le présent manque de recherche entraîne de graves incertitudes quant au développement et à l’encadrement futur de l’industrie de la robotique sexuelle.
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