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Sophie Renaudin : Université de Montréal
Comment les dispositifs numériques de médiation de la musique font-ils appel à d’autres formes d’art pour décrire et évoquer le langage musical ? Dans cette recherche, j’aborde les liens spécifiques entre musique et arts plastiques, et en particulier, les relations entre les caractéristiques du langage musical (notes, écriture, rythme, structure de l’œuvre) et les arts plastiques. Entendus au sens large du terme, les « arts plastiques » désignent des disciplines (peinture, architecture, dessin) ainsi que des formes ou des volumes graphiques pouvant être utilisés pour « traduire » le langage musical. Les liens entre musique et arts plastiques peuvent donc être de plusieurs formes : analogies, images, métaphores, formes graphiques… qui constituent des « prises » (Hennion, 1993) sur la musique pour les auditeurs. J’ai choisi cette perspective en supposant que le langage musical est le concept le plus difficile à transmettre à un groupe de personne non-initiées à la musique. Il en va différemment pour l’histoire (contexte de composition) ou le livret d’une œuvre, plus facilement les sujets d’une explication et d’une vulgarisation (par le biais de dessins, de mise en scène théâtrale, etc.). Comment parle-t-on de (ou montre-t-on) la musique pour transmettre des notions musicales techniques ? De quels clés et outils le médiateur dispose-t-il ? Existe-il des récurrences dans la manière dont les arts plastiques sont utilisés dans les dispositifs numériques de médiation de la musique ?
Grâce au développement des capacités d’encodage informatique, des réseaux, des équipements et des applications logicielles, le numérique a entraîné de nombreux organismes à repenser leur mission culturelle et éducative, notamment les musées, en les amenant à se projeter dans un nouvel espace offrant une grande diversité à l’action (Allard, 2012; Devauchelle, 2012; Andreacola, 2014; Baujard, 2018; Vidal, 2018) dans une perspective de démocratisation culturelle. Ainsi, des pratiques de médiation culturelle (Casemajor, Dubé, Lafortune et Lamoureux, 2017) tirent profit des potentialités offertes par le numérique pour favoriser l’établissement d’une relation entre diverses propositions culturelles ou artistiques et des publics diversifiés.
Qu’il tire son origine des musées, des bibliothèques et centres d’archives, de la danse, du théâtre, du cirque ou de la musique, le déploiement de pratiques de médiation culturelle au moyen de dispositifs numériques fait naître de multiples enjeux et problématiques. Alors que divers inventaires critiques de dispositifs de médiation numériques sont en cours, notamment par Guay (2017) dans le domaine des arts de la scène, et Duchesneau et Kirchberg (2017) pour la musique, que des intervenants culturels, éducatifs et universitaires se questionnent sur la valorisation scolaire des contenus culturels numériques (Larouche et Simard, 2017) et que des intervenants muséaux s’interrogent sur les bénéfices associés à différents dispositifs (Musée des beaux-arts de Montréal, 2018), nous proposons de décrire et de discuter les enjeux associés à la mise en œuvre de dispositifs de médiation numérique, au prisme des disciplines et des publics.
Ainsi, sur le plan disciplinaire, de quelle nature sont les propositions culturelles visées par la médiation numérique et comment sont-elles prises en charge par différents dispositifs? Comment se conjugue, dans le secteur des arts de la scène, la médiation numérique à la présence simultanée de l’artiste et du public? Sur quelle temporalité intervient-elle, en lien avec l’expérience même de l’œuvre artistique? Y a-t-il des résistances de la part des créateurs et comment s’expriment-elles à l’égard de la médiation numérique? Jusqu’à quel point la mise en place d’un dispositif s’appuie-t-elle sur la collaboration et la cocréation avec les usagers pressentis? Comment, dans l’espace muséal, le déploiement de dispositifs de médiation numérique percute-t-il l’expérience même de visite? Jusqu’à quel point les dispositifs de médiation numérique favorisent-ils l’appropriation des propositions culturelles ou artistiques auxquelles ils se rapportent? Comment se mesure l’atteinte d’objectifs liés aux dispositifs de médiation numérique? Ce sont là quelques-unes des questions de ce colloque lancé par le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture, et qui réunira chercheurs et praticiens aux différents ancrages disciplinaires.
Titre du colloque :