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Mobilisation des communautés : au nom de qui ou de quoi?

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Annabelle Berthiaume : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

La notion de « communauté » prolifère dans les travaux pratiques comme dans les écrits universitaires depuis de nombreuses années. Au Québec, elle s'accompagne bien souvent de celle de « mobilisation » ou de « développement ». La
plupart du temps, la « communauté » renvoie alors à un palier plus local de prise en charge de
la question sociale par rapport au palier provincial ou régional. Mais il ne suffit pas que les acteurs s'entendent sur la nécessité de « mobiliser » la « communauté » pour qu'ils et elles travaillent dans la même direction dans un milieu. En effet,
l'invention communautaire est comprise pour certains comme une solution conservatrice à la
décentralisation des responsabilités sociales, alors que pour d’autres « romantiques » elle
devient le potentiel pour plus d’autonomie et de démocratie.
À partir d'une enquête ethnographique dans un quartier montréalais, cette présentation
exposera certaines zones d'ombres du discours et des pratiques dans la construction et la
mobilisation d'une « communauté ». Plus précisément, en utilisant l'exemple d'une
mobilisation observée dans le champ de la petite enfance, j'examinerai comment se définissent
les contours d'une « communauté » de mères mobilisées. Si cette mobilisation peut être source
de fierté et de prise de confiance pouvant mener vers l’empowerment, l’absence de certaines
mères du projet expose aussi certaines difficultés théoriques et pratiques en ce qui a trait à la
production ou la reproduction de l’exclusion.

Résumé du colloque

Au Québec, la pratique de l’organisation communautaire a produit dans les 50 dernières années tout un corpus de connaissances (Bourque et al., 2007; Lavoie et Panet-Raymond, 2014). Celles-ci ont largement été influencées par certaines réalités historiques nationales liées à la formation et à la transformation de l’État social et à l’évolution de ses rapports avec les mouvements sociaux, en particulier avec les groupes communautaires. Cette imbrication a procuré une certaine vitalité aux savoirs dans le domaine, qui conserve malgré tout quelques zones d’ombre importantes. La réflexion sur la place du conflit dans l’intervention, notamment, a été en grande partie délaissée, alors que depuis plusieurs décennies l’accent est mis sur les liens de partenariat qui devraient unir les acteurs sociaux et politiques (Gaudreau, 2013). D’autres formes de mobilisation, concernant entre autres la critique anticapitaliste ou la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, tardent également à être pleinement intégrées aux analyses. Le sens même des termes employés pour définir la pratique, tels que « organisation » ou « communauté », demeure aussi peu problématisé. Enfin, les comparaisons internationales se font encore trop peu nombreuses, la littérature restant très attachée à la singularité de l’expérience québécoise, surtout francophone.

Partant de ces constats, ce colloque propose de contribuer au renouvellement des connaissances sur l’organisation communautaire en travail social, en abordant cette pratique à la lumière de perspectives théoriques et d’objets empiriques nouveaux et revisités. La réflexion se structurera en trois blocs : 1) regards critiques et épistémologiques; 2) récits de pratiques en marge; et 3) outils méthodologiques et théoriques. D’un point de vue transversal, cette journée permettra d’interroger les frontières de l’organisation communautaire en tant que pratique professionnelle et militante.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 31 mai 2019

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