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Héloïse Rouleau : Université de Montréal
Dans son essai sur la médiation culturelle, Serge Saada dénonce le rejet du plaisir et du divertissement au profit des conventions et du sérieux comme contribuant à isoler l’art des publics (Saada, 2011). Si la médiation peut prendre part à l’éclatement de ces conventions, quelles stratégies rhétoriques le(la) médiateur(trice) peut-il(elle) employer pour briser le sérieux des conventions musicales ?
À partir du répertoire raisonné constitué par le Partenariat sur les publics de la musique (P2M), il est possible d’examiner les discours visant à faire le lien entre musique et publics. Nous aborderons donc les difficultés auxquelles fait face le discours sur la musique, puis l’utilité d’une rhétorique divertissante, et plus spécifiquement humoristique, pour pallier ces obstacles qui distancient les publics du milieu musical. Nous ferons apparaître les avantages de combiner médiation et divertissement avant d’examiner les procédés humoristiques efficaces pour la médiation, nous permettant ensuite d’analyser leur fonction au sein de dispositifs selon les connaissances existantes sur l’Edutainment (Aksakal, 2015) et le rôle de l’humour dans la compréhension du discours (Briand, Dubel et Eissen, 2017; Dion, 2006; Dynel, 2011; Stora-Sàndor, 2006). Nous verrons enfin comment la rhétorique du divertissement et de l’humour peuvent répondre aux objectifs du(de la) médiateur(trice).
Grâce au développement des capacités d’encodage informatique, des réseaux, des équipements et des applications logicielles, le numérique a entraîné de nombreux organismes à repenser leur mission culturelle et éducative, notamment les musées, en les amenant à se projeter dans un nouvel espace offrant une grande diversité à l’action (Allard, 2012; Devauchelle, 2012; Andreacola, 2014; Baujard, 2018; Vidal, 2018) dans une perspective de démocratisation culturelle. Ainsi, des pratiques de médiation culturelle (Casemajor, Dubé, Lafortune et Lamoureux, 2017) tirent profit des potentialités offertes par le numérique pour favoriser l’établissement d’une relation entre diverses propositions culturelles ou artistiques et des publics diversifiés.
Qu’il tire son origine des musées, des bibliothèques et centres d’archives, de la danse, du théâtre, du cirque ou de la musique, le déploiement de pratiques de médiation culturelle au moyen de dispositifs numériques fait naître de multiples enjeux et problématiques. Alors que divers inventaires critiques de dispositifs de médiation numériques sont en cours, notamment par Guay (2017) dans le domaine des arts de la scène, et Duchesneau et Kirchberg (2017) pour la musique, que des intervenants culturels, éducatifs et universitaires se questionnent sur la valorisation scolaire des contenus culturels numériques (Larouche et Simard, 2017) et que des intervenants muséaux s’interrogent sur les bénéfices associés à différents dispositifs (Musée des beaux-arts de Montréal, 2018), nous proposons de décrire et de discuter les enjeux associés à la mise en œuvre de dispositifs de médiation numérique, au prisme des disciplines et des publics.
Ainsi, sur le plan disciplinaire, de quelle nature sont les propositions culturelles visées par la médiation numérique et comment sont-elles prises en charge par différents dispositifs? Comment se conjugue, dans le secteur des arts de la scène, la médiation numérique à la présence simultanée de l’artiste et du public? Sur quelle temporalité intervient-elle, en lien avec l’expérience même de l’œuvre artistique? Y a-t-il des résistances de la part des créateurs et comment s’expriment-elles à l’égard de la médiation numérique? Jusqu’à quel point la mise en place d’un dispositif s’appuie-t-elle sur la collaboration et la cocréation avec les usagers pressentis? Comment, dans l’espace muséal, le déploiement de dispositifs de médiation numérique percute-t-il l’expérience même de visite? Jusqu’à quel point les dispositifs de médiation numérique favorisent-ils l’appropriation des propositions culturelles ou artistiques auxquelles ils se rapportent? Comment se mesure l’atteinte d’objectifs liés aux dispositifs de médiation numérique? Ce sont là quelques-unes des questions de ce colloque lancé par le Laboratoire de recherche sur les publics de la culture, et qui réunira chercheurs et praticiens aux différents ancrages disciplinaires.