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Richard Bousquet : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication portera sur une analyse des clauses de différentes conventions collectives et de leur application en regard de la notion de subalterne. Plusieurs clauses de conventions collectives illustrent en effet combien le rapport des chargé.e.s de cours aux professeur.e.s est empreint de subalternéité. Nous nous pencherons plus particulièrement sur les clauses traitant du processus d'attribution des charges de cours, de la définition, de l'octroi et de la révision des exigences de qualification pour l'enseignement (EQE), de même que sur celles qui ont trait à la participation aux instances institutionnelles ou départementales. Certaines conventions comportent également une clause passerelle, que nous examinerons, visant à favoriser les chargé.e.s de cours lors de l'embauche de professeur.e.s. L'examen de ces clauses montrera que celles-ci formalisent un rapport de subalternéité entre professeur.e.s et chargé.e.s de cours. Par ailleurs, l'existence même des syndicats québécois de chargé.e.s de cours, comme leur mobilisation et leur prise de parole et de pouvoir, signale une agentivité de ces contractueLle.s. Dans les dernières années, ces syndicats ont entrepris un travail collectif de «négociation coordonnée» visant à faire évoluer leur situation vers des conditions de travail moins inégales. Finalement, nous analyserons en quoi ce qui s’est passé depuis le début de la pandémie modifie l’ensemble de cette réalité.
Avant même l’arrivée de la pandémie, le rapport du scientifique en chef sur l’Université québécoise du futur (automne 2020) faisait un certain nombre de constats sur les enjeux liés à l’importance grandissante du numérique et à l’attraction et la rétention de nouvelles générations d’étudiant.e.s. Les aménagements mis en place pour assurer l’offre des cours pendant la pandémie ont cristallisé ces enjeux et entraîneront des transformations à long terme pour les universités, transformations dont on ne connaît pas encore la teneur, mais qui auront un impact certain sur le travail des enseignant.e.s contractuel.le.s au sein de celles-ci.
Une tendance structurelle majeure demeure toutefois invisible, celle de la recomposition progressive du corps enseignant universitaire, dont une partie importante est constituée d’enseignant.e.s contractuel.le.s. Cette tendance est bien établie dans les universités canadiennes (ACPPU, 2014; Foster et Birdsell Bauer, 2018; Hoeller, 2014) et au-delà, aussi bien sur le continent nord-américain qu’ailleurs dans le monde. Au Québec, selon les données institutionnelles, c’est plus de la moitié des cours du 1er cycle qui sont aujourd’hui donnés par des enseignant.e.s contractuel.le.s.
Mettant à l’avant-plan l’enseignement comme mission fondamentale des universités, les changements engendrés par la pandémie ouvriront-ils la voie à une reconnaissance de la contribution de ces enseignant.e.s, ou, au contraire, consolideront-ils leur précarité structurelle et fragiliseront-ils leur voix et leurs « droits », comme le signalent les débats récents autour des libertés universitaires?
À cet égard, il paraît pertinent d’appliquer les concepts issus des théories subalternes au contexte de l’enseignement universitaire. Mettant en exergue les stratégies d’adaptation et de résistance des groupes subalternes, ces concepts peuvent s’avérer féconds pour appréhender et comprendre les reconfigurations en cours des structures universitaires. S’inspirant des théories subalternes, notre approche mettra l’accent sur la mobilisation des enseignant.e.s contractuel.le.s autour d’une culture infrapolitique afin de se tailler une place dans l’université néolibérale.
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