Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Julie Bérubé : UQO - Université du Québec en Outaouais
Bouillé, Robert-Demontrond et Rémy (2015) relèvent que des liens forts peuvent être tissés entre les travaux de Boltanski et Thévenot (B&T) et la conception pluraliste de la justice de Walzer, l’ANT, la théorie des conventions et les théories néo institutionnelles. Ce cadre théorique semble propice aux maillages avec d’autres approches théoriques. Ainsi, les économies de la grandeur et la théorie de la structuration de Giddens partagent le même postulat (la relation au monde est une expérience sociale contextualisée). Or, nous n’avons recensé aucun auteur ayant travaillé à un rapprochement entre ces deux appareils conceptuels. La théorie de la justification permet de concevoir l’accord et le désaccord sans prendre en compte les niveaux comme les pratiques ou le structurel. En effet, pour Pfister (2001), l’appareillage conceptuel de B&T est une sorte de « boîte noire » dans laquelle on place deux mondes et de laquelle ressort un compromis. En y alliant la théorie de la structuration ceci permet de comprendre le compromis grâce à la co-construction entre les pratiques et le structurel. La combinaison de ces deux approches théoriques permettrait donc de jeter un regard conceptuel nouveau aux recherches empiriques en management arrimant à la fois l’accord et le désaccord et les différents niveaux en jeu.
Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.
Titre du colloque :
Thème du colloque :