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Valentina Gaddi : Université de Montréal
Loin de représenter un cadre conceptuel précis et homogène, le binôme genre et religion
a donné lieu à une littérature abondante et féconde pendant ces dix dernières années,
dans les sciences sociales francophones et anglophones (articles, livres, numéros de
revues et revues). Comment l’articulation de ces deux concepts a évolué dans le cas
spécifique des études sur juifs et juives hassidiques ? En particulier, de quelle manière la
notion de « genre » a été employée dans cette littérature ? Et est-ce que cette
problématisation a laissé des interstices inexplorés, des angles morts à éclairer ? Pour
répondre è ces questions, notre présentation se déroulera en trois parties. D’abord, on
présentera une revue de littérature critique de la manière dont le genre est problématisé
dans l’étude des hassidim en Amérique du Nord, Europe et Israël. Ensuite, les angles
morts et les impasses de ce genre d’utilisation seront illustrés, pour enfin esquisser les
contours d’une approche renouvelée de la manière dont ce concept peut être employé
au croisement des études féministes, des perspectives du care et de la sociologie. Cette
approche — c’est notre pari — permet non seulement une meilleure compréhension des
communautés hassidiques ou des communautés croyantes, mais — à partir des
interstices d’un terrain si précis — fertilise et solidifie l’analyse de genre de manière plus
générale.
Depuis l’institutionnalisation des études féministes dans les années 1980, l’analyse de genre s’est vue de plus en plus mobilisée tant par les chercheur.e.s universitaires que par les politiques publiques ou les organisations internationales. Le genre comme concept et comme approche est devenu si « à la mode » que l’on pourrait se questionner aujourd’hui sur sa charge heuristique et sa portée critique. En effet, malgré le fait que la notion de genre soit largement utilisée, il existe encore des domaines où le sujet est trop souvent universalisé sans tenir compte des expériences genrées différenciées et inégalitaires. De ce fait, il semble essentiel de se demander comment le genre est problématisé lorsqu’il est mobilisé.
Cette tendance récente à surutiliser, voire à instrumentaliser le genre pourrait porter à croire que la popularisation des approches féministes, ayant acquis une telle visibilité, s’accompagne d’un rééquilibrage durable des inégalités entre hommes et femmes. Or, de nombreux travaux démontrent que ce rapport inégalitaire entre les sexes perdure, que ce soit sur le marché du travail (OIT, 2016), dans la sphère domestique (Pugliese, 2017) ou dans les politiques publiques (Mazur et Jacquot, 2010), etc. La pandémie actuelle de COVID-19 et les transformations dans l’organisation sociale du travail se sont en outre accompagnées d’un durcissement de ces inégalités (Froidevaux-Metterie, 2020).
Dans ce colloque, au regard de cet engouement autour de l’approche genrée, nous nous intéresserons aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte du genre. Quels sont-ils et comment cette analyse peut-elle faire apparaître des réalités vécues qui étaient jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de cette perspective, parfois d’une manière apolitique et asociologique, ne participerait-elle pas, en retour, à dissimuler les dynamiques genrées constitutives des inégalités entre les hommes et les femmes? Cette instrumentalisation ne détournerait-elle pas le regard de ces enjeux? Autant de questions qui seront abordées à partir de situations concrètes par des chercheur.e.s issu.e.s d’horizons divers des sciences humaines et sociales et des professionnel.es de terrain.
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