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Audrey-Ann Tully De Cotret : UQAM - Université du Québec à Montréal
Au sein des projets, les gestionnaires doivent conjuguer avec une pluralité de caractéristiques organisationnelles beaucoup plus larges que les projets en soi. Plus précisément, ils doivent interagir avec divers éléments sous-culturels propres à leur organisation et à l’organisation-cliente (PMI,2007), ce qui peut influencer négativement la réussite des projets. Entre autres, certaines tensions culturelles peuvent émerger des divergences inter-organisationnelles et potentiellement affecter l’harmonie au sein des projets. Alors que le processus créatif est un processus social et cognitif (Florida, 2014), ce dernier nécessite plus que tout un environnement coopératif caractérisé par l’abondance de stimuli sociaux, culturels et économiques. Conséquemment, l’objectif de cette recherche est de définir les tensions culturelles qui surviennent au sein des projets issus des industries créatives et d’identifier les compromis permettant l’arrimage des différentes cultures d’entreprise. Afin de répondre à l’objectif de recherche, une étude de cas unique est menée dans laquelle des entrevues semi-structurées sont conduites au sein d’une entreprise spécialisée en projets de consultation. Les résultats de ces entrevues sont analysés à l’aide du cadre théorique de la justification de Boltanski et Thévenot (1991). La mobilisation de ce cadre nous permet de relever les tensions de l’interface client-organisation ainsi que les figures de compromis permettant de favoriser le succès des projets
Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.
Titre du colloque :