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Elena Nicoladis : University of Alberta
Les locateurs des langues romanes sont connus pour parler en faisant beaucoup de gestes manuels. Cependant, il existe peu de recherches sur les différences interculturelles dans la fréquence des gestes. Cavicchio et Kita (2013) ont trouvé que les italiens ont produit plus de gestes en racontant une histoire que les anglophones britanniques. En revanche, Nicoladis, Pika, et Marentette (2009) ont trouvé qu’il n’y avait aucune différence dans la fréquence des gestes chez les francophones et les anglophones d’âge préscolaire. Dans l’étude actuelle, nous avons testé si les adultes francophones produisent plus de gestes que les adultes anglophones. Nous avons également testé si les bilingues français-anglais produisent plus de gestes en parlant français qu’en parlant anglais. Les participants ont regardé un dessin animé et ont raconté l’histoire de ce qu’ils ont vu. Les bilingues l’ont fait deux fois : une fois en français et une fois en anglais. Nous avons enregistré leurs contes afin de coder leurs gestes. La fréquence des gestes était équivalente chez les francophones et les anglophones. De même, chez les bilingues, la fréquence des gestes était équivalente en français et en anglais. Pourtant, la fréquence des gestes des bilingues était significativement plus élevée chez les unilingues, et en français et en anglais. Une raison qu’on présume que les francophones sont plus « gestuels » que les anglophones est qu’il y a plus de bilingues chez les francophones.
La communication non verbale fait l’objet de milliers de publications scientifiques. La reconnaissance des expressions faciales, la sensibilité interpersonnelle ainsi que l’influence de la maladie mentale, de l’âge et de la culture sur la communication non verbale ne sont que quelques-uns des enjeux étudiés par une communauté internationale de chercheur.e.s provenant de différents pays (p. ex., États-Unis, Angleterre, Canada, Pays-Bas, Australie) et domaines de recherche. La psychologie, la psychiatrie, la communication, la biologie, la criminologie, l’éthologie, l’informatique et le génie, entre autres, s’intéressent à la communication non verbale (Plusquellec et Denault, 2018). Pour le milieu professionnel œuvrant en ressources humaines, en santé, en justice et en éducation, entre autres, les connaissances sur la communication non verbale ayant fait l’objet d’évaluations par les pairs représentent une incroyable source de connaissances afin de développer de meilleures pratiques. Malheureusement, leur impact dans la francophonie soulève des questions. En effet, par rapport à l’information scientifique, la diffusion de notions n’ayant fait l’objet d’aucune évaluation par les pairs explose. Des articles dans la presse écrite, des séries télévisées telles que Lie to Me et des vidéos sur YouTube vues par des millions de personnes, par exemple, proposent des notions douteuses pour « décoder » le comportement humain. Les conséquences d’une telle situation ne sont pas à négliger. En effet, non seulement les notions douteuses peuvent nuire à la prise de décisions éclairées, mais pendant ce temps les connaissances scientifiques qui pourraient aider les professionnels et le grand public sont négligées. Devant un tel constat, la valorisation des connaissances scientifiques sur la communication non verbale dans la francophonie paraît essentielle.
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