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La double invisibilisation des femmes d’origine asiatique: une analyse préliminaire de la domination des corps asiatiques

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Julie Tran : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Le racisme genré chez les femmes asiatiques est encore peu documenté au Québec. Bien que les Asiatiques constituent la plus grande population minoritaire racialisée au Canada, leur position de sujet en tant qu’entité raciale collective a reçu relativement peu d’analyse empirique jusqu’à ce jour (Coloma, 2013). En fait, les femmes asiatiques sont renvoyées à l’image d’être « doublement soumise » parce qu’elles sont à la fois asiatiques et féminines et que leur existence sociale ne constitue pas une menace pour l’ordre social et dominant (Pyke & Johnson, 2003).
Conséquemment, leur statut englobe un positionnement d’être dévaluées, invalidées, invisibilisées (Brady et al., 2017; Mayuzumi, 2015). Les recherches existantes révèlent que leur corps est constamment sexualisé, ce qui créé une racialisation sur le plan sexuel de leur identité (Jerald et al., 2016; Schug et al., 2015). À l’aide des résultats préliminaires d’un focus group de 8 femmes asiatiques québécoises, notre étude mettra en lumière les stéréotypes genrés et sexuels apposés sur elles. L’épistémologie asioféministre permettra d’examiner leur rôles genrés et les conséquences du mythe de minorité modèle sexué qui invisibiliseront sur les violences sexuelles vécues. Nous allons ensuite adresser la question de la prévention et de l’intervention en mettant en avant d’autres manières d’appréhender ce type de violences, de protéger les femmes qui en sont victimes ou au risque de l’être.

Résumé du colloque

Depuis l’institutionnalisation des études féministes dans les années 1980, l’analyse de genre s’est vue de plus en plus mobilisée tant par les chercheur.e.s universitaires que par les politiques publiques ou les organisations internationales. Le genre comme concept et comme approche est devenu si « à la mode » que l’on pourrait se questionner aujourd’hui sur sa charge heuristique et sa portée critique. En effet, malgré le fait que la notion de genre soit largement utilisée, il existe encore des domaines où le sujet est trop souvent universalisé sans tenir compte des expériences genrées différenciées et inégalitaires. De ce fait, il semble essentiel de se demander comment le genre est problématisé lorsqu’il est mobilisé.

Cette tendance récente à surutiliser, voire à instrumentaliser le genre pourrait porter à croire que la popularisation des approches féministes, ayant acquis une telle visibilité, s’accompagne d’un rééquilibrage durable des inégalités entre hommes et femmes. Or, de nombreux travaux démontrent que ce rapport inégalitaire entre les sexes perdure, que ce soit sur le marché du travail (OIT, 2016), dans la sphère domestique (Pugliese, 2017) ou dans les politiques publiques (Mazur et Jacquot, 2010), etc. La pandémie actuelle de COVID-19 et les transformations dans l’organisation sociale du travail se sont en outre accompagnées d’un durcissement de ces inégalités (Froidevaux-Metterie, 2020).

Dans ce colloque, au regard de cet engouement autour de l’approche genrée, nous nous intéresserons aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte du genre. Quels sont-ils et comment cette analyse peut-elle faire apparaître des réalités vécues qui étaient jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de cette perspective, parfois d’une manière apolitique et asociologique, ne participerait-elle pas, en retour, à dissimuler les dynamiques genrées constitutives des inégalités entre les hommes et les femmes? Cette instrumentalisation ne détournerait-elle pas le regard de ces enjeux? Autant de questions qui seront abordées à partir de situations concrètes par des chercheur.e.s issu.e.s d’horizons divers des sciences humaines et sociales et des professionnel.es de terrain.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
Discutant-e- de la session : Julie Tran Éloïse Tanguay
section icon Date : 3 mai 2021

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