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Jonathan Paquette : Université d'Ottawa
En novembre 2017, dans un discours prononcé à l’Université Ouagadougou I déclarait que le patrimoine africain ne devrait plus être prisonnier des institutions patrimoniales français d’ici 2022. Suite à cette déclaration publique, une commission d’expert a été mise sur pied (Sarr-Savoy) et un rapport a été rendu public allant dans le sens d’une nouvelle approche et d’un nouveau rapport au patrimoine. Ce rapport invite notamment à repenser les modes de gouvernance du patrimoine culturel français. Cette présentation documente l’évolution de la question des restitutions en France depuis la fin des années 1950 en mobilisant la pensée de Boltanski et Thévenot (1991) afin de produire une matrice pour comprendre, l’évolution et les différentes phases de problématisations de la question coloniale pour la gouvernance du patrimoine culturel. Cette présentation sera l’occasion d’aborder la fécondité de la pensée dans De la justification pour comprendre les conflits de normes et les accords qui se construisent entre des systèmes normatifs (mondes) fondés sur des compréhensions juridiques, professionnelles, managériales, organisationnelles et patrimoniales hétérogènes.
Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.
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