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La puissance du modèle des « Économies de la Grandeur » pour l’étude des organisations : sa capacité à enrichir d’autres modèles théoriques

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François Labelle : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

Depuis les 30 dernières années, les textes en lien avec le modèle des Économies de la Grandeur de Boltanski, Thévenot et Chiapello ont été cités plus de 30000 fois. Ce nombre de citations témoigne de l’utilité de l’œuvre, particulièrement dans les écrits en gestion. Nous postulons que l’une des qualités majeures du modèle est qu’il permet de compléter d’autres modèles pour comprendre les relations entre l’entreprise et divers acteurs, mais qui se butent tous à la question téléologique de la justification. À titre d’exemple, nous présenterons de quelle manière le modèle des Grandeurs a permis d’enrichir les modèles que nous avons mobilisés dans plusieurs cadres théoriques, à savoir ceux des parties prenantes, des mondes sociaux et des paradoxes. Nous constaterons que chacun de ces modèles atteint ses limites lorsque nous questionnons la motivation à la base des positions et des comportements des acteurs. Par exemple, bien que le modèle des paradoxes de Smith et Lewis (2011) permette d’identifier les tensions entre acteurs au niveau de la définition de la performance des organisations, rien ne permet de saisir les raisons qui expliquent les positions divergentes. Sans une compréhension nuancée de ces justifications, les paradoxes ne peuvent être que constatés et non résolus. Dans ce cas, et dans les autres qui seront discutés, l’apport du modèle des Grandeurs réside justement dans cette capacité à apporter un éclairage plus puissant sur les objets et les sujets étudiés.

Résumé du colloque

Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 3 mai 2021

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