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Guillaume Tremblay
La présente communication propose une évaluation, dans une perspective d’abord historique, ensuite pratique et ultimement éthique, de l’applicabilité du concept de subalternité aux réalités de l’enseignement et de la recherche universitaires, précisément celles de la communauté constituée des enseignant.e.s chargé.e.s de cours. Il s’agira dans un premier temps de comprendre les origines conceptuelles de la notion de subalterne en nous tournant vers Antonio Gramsci, puis vers le Subaltern Studies Group fondé en Inde au tournant des années 1980, de même que chez des « partenaires » intellectuels tels Florencia Mallon et James C. Scott. Ensuite, nous chercherons à évaluer le potentiel opérationnel de ce concept lorsqu’appliqué aux réalités des enseignant.e.s chargé.e.s de cours. En d’autres mots, nous chercherons à répondre à la question: que gagne-t-on intellectuellement et/ou politiquement à l’emploi de ce concept appliqué aux dites réalités? Enfin, nous conclurons par une réflexion sur la dimension éthique de l’emploi d’un tel concept pour traiter des réalités des enseignant.e.s à contrat. Le concept étant issu en grande partie du monde colonial et pensé pour interroger de manière critique ce même monde colonial, est-il souhaitable de l’appliquer à un univers participant de cette domination impériale, c’est-à-dire l’enseignement universitaire occidental?
Avant même l’arrivée de la pandémie, le rapport du scientifique en chef sur l’Université québécoise du futur (automne 2020) faisait un certain nombre de constats sur les enjeux liés à l’importance grandissante du numérique et à l’attraction et la rétention de nouvelles générations d’étudiant.e.s. Les aménagements mis en place pour assurer l’offre des cours pendant la pandémie ont cristallisé ces enjeux et entraîneront des transformations à long terme pour les universités, transformations dont on ne connaît pas encore la teneur, mais qui auront un impact certain sur le travail des enseignant.e.s contractuel.le.s au sein de celles-ci.
Une tendance structurelle majeure demeure toutefois invisible, celle de la recomposition progressive du corps enseignant universitaire, dont une partie importante est constituée d’enseignant.e.s contractuel.le.s. Cette tendance est bien établie dans les universités canadiennes (ACPPU, 2014; Foster et Birdsell Bauer, 2018; Hoeller, 2014) et au-delà, aussi bien sur le continent nord-américain qu’ailleurs dans le monde. Au Québec, selon les données institutionnelles, c’est plus de la moitié des cours du 1er cycle qui sont aujourd’hui donnés par des enseignant.e.s contractuel.le.s.
Mettant à l’avant-plan l’enseignement comme mission fondamentale des universités, les changements engendrés par la pandémie ouvriront-ils la voie à une reconnaissance de la contribution de ces enseignant.e.s, ou, au contraire, consolideront-ils leur précarité structurelle et fragiliseront-ils leur voix et leurs « droits », comme le signalent les débats récents autour des libertés universitaires?
À cet égard, il paraît pertinent d’appliquer les concepts issus des théories subalternes au contexte de l’enseignement universitaire. Mettant en exergue les stratégies d’adaptation et de résistance des groupes subalternes, ces concepts peuvent s’avérer féconds pour appréhender et comprendre les reconfigurations en cours des structures universitaires. S’inspirant des théories subalternes, notre approche mettra l’accent sur la mobilisation des enseignant.e.s contractuel.le.s autour d’une culture infrapolitique afin de se tailler une place dans l’université néolibérale.
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