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Le presque-emploi des femmes immigrantes

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Susana Ponte Rivera : Université de Montréal

Résumé de la communication

Les femmes immigrantes étant plus précaires (Posca, 2016), plus ségréguées (Rose, 2016 [2013]) et plus déqualifiées (Chicha, 2009) au travail que les hommes immigrants, je centrerai mon regard exclusivement sur les premières. Entre autres écueils, celui du manque d’expérience de travail canadienne ou québécoise pour accéder à un travail rémunéré est souligné (Gauthier 2016; Boudarbat, 2011; Chicha et Charest, 2008). Cependant des institutions étatiques, des organismes communautaires et des entreprises privées élaborent et diffusent un discours sur la pertinence de l’expérience locale et développent des programmes avec des stages non payés et du bénévolat qui donneraient accès à un emploi payé. Les femmes immigrantes effectuent donc ce que je propose de nommer le « presque emploi » dans le but d’accéder à un travail payé correspondant à leurs qualifications et à leurs aspirations dans le Montréal métropolitain. Je voudrais délinéer ce concept en le comparant aux travaux d’auteurs et d’autrices où le genre constitue les concepts, comme le travail invisible (Robert et Toupin, 2018) et le « travail domestique d'intégration » (Ben Soltane, 2018), cadre l’analyse de manière importante dont le « travail gratuit » (Simonet, 2018) ou brille par sa négligeable présence, notamment le « travail non-rémunéré » (Standing, 2011) et le "hope labour" (Kuehn et Corrigan, 2013). Je passerai également le « presque emploi » sous le crible empirique d’un entretien ethnographique.

Résumé du colloque

Depuis l’institutionnalisation des études féministes dans les années 1980, l’analyse de genre s’est vue de plus en plus mobilisée tant par les chercheur.e.s universitaires que par les politiques publiques ou les organisations internationales. Le genre comme concept et comme approche est devenu si « à la mode » que l’on pourrait se questionner aujourd’hui sur sa charge heuristique et sa portée critique. En effet, malgré le fait que la notion de genre soit largement utilisée, il existe encore des domaines où le sujet est trop souvent universalisé sans tenir compte des expériences genrées différenciées et inégalitaires. De ce fait, il semble essentiel de se demander comment le genre est problématisé lorsqu’il est mobilisé.

Cette tendance récente à surutiliser, voire à instrumentaliser le genre pourrait porter à croire que la popularisation des approches féministes, ayant acquis une telle visibilité, s’accompagne d’un rééquilibrage durable des inégalités entre hommes et femmes. Or, de nombreux travaux démontrent que ce rapport inégalitaire entre les sexes perdure, que ce soit sur le marché du travail (OIT, 2016), dans la sphère domestique (Pugliese, 2017) ou dans les politiques publiques (Mazur et Jacquot, 2010), etc. La pandémie actuelle de COVID-19 et les transformations dans l’organisation sociale du travail se sont en outre accompagnées d’un durcissement de ces inégalités (Froidevaux-Metterie, 2020).

Dans ce colloque, au regard de cet engouement autour de l’approche genrée, nous nous intéresserons aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte du genre. Quels sont-ils et comment cette analyse peut-elle faire apparaître des réalités vécues qui étaient jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de cette perspective, parfois d’une manière apolitique et asociologique, ne participerait-elle pas, en retour, à dissimuler les dynamiques genrées constitutives des inégalités entre les hommes et les femmes? Cette instrumentalisation ne détournerait-elle pas le regard de ces enjeux? Autant de questions qui seront abordées à partir de situations concrètes par des chercheur.e.s issu.e.s d’horizons divers des sciences humaines et sociales et des professionnel.es de terrain.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
Discutant-e- de la session : Susana Ponte Rivera Abdoul-Malik Ahmad
section icon Date : 3 mai 2021

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