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Romain Lacord : Université de Lille
Notre communication vise à présenter et questionner un dispositif pédagogique que nous avons conçu à destination des étudiants d’une filière universitaire technologique en France, dans le cadre des enseignements des « Techniques d’expression » et de la « Psychologie sociale de la communication », qui intègrent la communication verbale et non-verbale. Ce dispositif invitait les étudiants à mener une enquête sur les réseaux sociaux (Facebook) afin d’identifier une grammaire des émojis, avec pour hypothèse de départ que ces éléments de langage faisaient l’objet d’une standardisation. Très vite cependant, les résultats ont mis en évidence la nécessité de tenir compte de la multiplicité des usages et des spécificités de la communication outillée. Nous proposons d’abord d’interroger les circonstances qui ont rendu possible la transformation en contenu pédagogique de ces objets qualifiables à plus d‘un titre de ”triviaux”, d’une part en tant qu’ils sont considérés comme des facilités iconiques en-deçà de l’acquisition normative du “bien écrire”, et d’autre part en tant que la circulation dont ils bénéficient produit leur naturalisation. Puis nous questionnons les effets d’institutionnalisation cognitive et sociale que ce dispositif contribue à produire. Finalement, la réflexion sur les émojis conduit à une réflexion sur la position d’enseignant au sein des formations professionnelles et sur la manière dont on enseigne la communication à des jeunes qui se professionnalisent.
La communication non verbale fait l’objet de milliers de publications scientifiques. La reconnaissance des expressions faciales, la sensibilité interpersonnelle ainsi que l’influence de la maladie mentale, de l’âge et de la culture sur la communication non verbale ne sont que quelques-uns des enjeux étudiés par une communauté internationale de chercheur.e.s provenant de différents pays (p. ex., États-Unis, Angleterre, Canada, Pays-Bas, Australie) et domaines de recherche. La psychologie, la psychiatrie, la communication, la biologie, la criminologie, l’éthologie, l’informatique et le génie, entre autres, s’intéressent à la communication non verbale (Plusquellec et Denault, 2018). Pour le milieu professionnel œuvrant en ressources humaines, en santé, en justice et en éducation, entre autres, les connaissances sur la communication non verbale ayant fait l’objet d’évaluations par les pairs représentent une incroyable source de connaissances afin de développer de meilleures pratiques. Malheureusement, leur impact dans la francophonie soulève des questions. En effet, par rapport à l’information scientifique, la diffusion de notions n’ayant fait l’objet d’aucune évaluation par les pairs explose. Des articles dans la presse écrite, des séries télévisées telles que Lie to Me et des vidéos sur YouTube vues par des millions de personnes, par exemple, proposent des notions douteuses pour « décoder » le comportement humain. Les conséquences d’une telle situation ne sont pas à négliger. En effet, non seulement les notions douteuses peuvent nuire à la prise de décisions éclairées, mais pendant ce temps les connaissances scientifiques qui pourraient aider les professionnels et le grand public sont négligées. Devant un tel constat, la valorisation des connaissances scientifiques sur la communication non verbale dans la francophonie paraît essentielle.
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