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Grégory Ulysse : Université de Sherbrooke
Les inégalités sociales sont une constante dans la société haïtienne. Multiformes, elles constituent l’une des principales causes de conflits violents passés et actuels en Haïti (Édouard, 2013). Des travaux ont analysé leur dimension raciale entre autres dans des manuels d’histoire d’Haïti, rédigés à partir des années 1990, en se focalisant sur la représentation (textuelle et iconographique) de groupes sociaux historiques et de leurs relations (Gourgues, 2015). Mais la dimension raciale des inégalités sociales en Haïti tend généralement vers une occultation de leur fondement économique (Labelle, 1987).
Cette communication présente, à partir d’une analyse de contenu des manuels d’histoire d’Haïti rédigés au cours de 30 dernières années, une autre entrée pour rendre compte de leur participation dans la légitimation d’un ordre social inégalitaire dans la société haïtienne. Nous démontrons que l’occultation des inégalités sociales dans ces manuels s’opère par une dissimulation du fondement économique des luttes sociales ayant opposé des groupes privilégiés à ceux qui étaient les plus dominés. Cette communication s’inscrit dans cette préoccupation visant à interroger le rôle de l’enseignement de l’histoire au processus d’aliénation ou d’émancipation dans une société démocratique (Éthier et Lefrançois, 2018).
La pandémie actuelle a mis en évidence l’effritement de la confiance citoyenne envers les savoirs scientifiques et une certaine vulnérabilité de la population à l’égard des fausses informations (Weber, 2019). En effet, avec la multiplicité des informations à caractère scientifique et l’éclatement des sources d’informations, notamment dans les médias sociaux, la parole scientifique est parfois confondue avec la parole « dissidente », qui relève de l’opinion. Ainsi, plusieurs s’inquiètent de la relation des adolescents avec ces sources d’informations alternatives (Daoust, 2017). Le développement d’une pensée critique à l’école s’avère essentiel et l’enseignement-apprentissage des sciences humaines et sociales (SHS) peut y contribuer (Lenoir, Hasni et Froelich, 2015).
De fait, l’apport des SHS au développement d’une pensée critique s’exprime de diverses manières, allant du développement d’une méthode d’analyse critique des documents (et des informations) (Gibson et Case, 2017; Seixas et Morton, 2013) à la construction d’une compréhension critique des dynamiques sociales et des jeux de pouvoir qui opèrent dans chaque phénomène social (Gibson, 2020), en passant par le développement d’une culture historique, géographique et politique capable de soutenir une réflexion informée sur le monde pluraliste d’hier, d’aujourd’hui et de demain (Grever, 2009). Les SHS permettent aux élèves de comprendre les enjeux actuels en maîtrisant des concepts complexes et en étant en mesure de les replacer dans un contexte sociopolitique, historique et géographique (Koerber, 2011). Les chercheurs émergents dans le domaine de recherche de la didactique des SHS proposent un renouvellement des objets de recherche pertinents pour mieux comprendre ce monde complexe. Leurs recherches mettent en lumière des enjeux clés et explorent des pistes de solution prometteuses pour améliorer la formation de citoyens capables de penser un monde complexe de manière critique et engagée.
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