Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jean Paul Bisseck : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les grands projets de ressources naturelles sont des vecteurs de croissance économique et de création d’emplois au Canada. Or, la plus importante pollution par carbone provient de l’industrie pétrolière et gazière. Il faut donc réduire ces émissions et recourir à l’énergie propre. La gestion de ces projets est aussi marquée par les tensions entre la Couronne, les Autochtones et l’industrie. Ce secteur est encadré par les accords internationaux que le Canada a ratifiés, des lois nationales, les droits ancestraux et des traités avec les Autochtones. Cette recherche porte sur la gestion des grands projets de ressources naturelles au Canada et peu d’articles recensés abordent l’application de la loi fédérale régissant la gestion des projets désignés. D’où l’objectif de cette recherche: Comprendre les pratiques de la règlementation du gouvernement fédéral du Canada concernant la gestion des grands projets d’énergie au Québec. Nous mobiliserons les approches Governance-as practice et Project-as practice, pour examiner comment les personnes impliquées ont agi dans chaque processus et activité prévus par la loi. De plus, pour analyser les tensions, nous recourrons au cadre théorique de la justification de Boltanski et Thevenot (1991). Nous associerons les mondes de ce cadre aux différents groupes présents afin de comprendre les tensions inhérentes entre ceux-ci et les figures de compromis possibles. La méthodologie est qualitative et la stratégie est une étude de cas multiples.
Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.
Titre du colloque :