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L’exploitation des corps aptes à la reproduction dans le domaine technoscientifique : réflexion sur l’imbrication entre la matérialité et son ancrage social

ÉT

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Éloïse Tanguay : Université de Montréal

Résumé de la communication

Les travaux de féministes ont permis de montrer que l’exploitation des femmes étaient produite par des discours et des structures sociales qui les assignaient à la nature. Or, certaines tendances de l’approche socio-constructiviste tendent de plus en plus à évacuer les dimensions matérielles sur lesquelles peut s’appuyer l’exploitation. Le cadre théorique des féministes néo-matérialistes (voire Samantha Frost) est pertinent pour penser l’enchevêtrement de la biologie et du social. Dans cette optique, loin de retomber dans des catégories essentialistes, mon objectif serait de poser la nécessité de traiter de la matérialité des corps aptes à la reproduction biologique afin de penser des formes d’exploitation qui persistent actuellement, mais qui semblent relativement peu explorées en sciences sociales. Ces dernières se donnent notamment à voir dans le domaine technoscientifique. C’est, entre autres, dans le domaine proliférant des biotechnologies que l’on peut constater ces formes d’exploitation. À titre d’exemple, on peut penser au commerce d’ovocytes ou au concept de clinical labor développé par Waldby et Cooper. En bref, à l’aide de l’approche du nouveau matérialisme, je désire montrer l’importance d’articuler une réflexion sur la matérialité avec les travaux montrant les dynamiques socio-culturelles responsables de l’exploitation des femmes.

Résumé du colloque

Depuis l’institutionnalisation des études féministes dans les années 1980, l’analyse de genre s’est vue de plus en plus mobilisée tant par les chercheur.e.s universitaires que par les politiques publiques ou les organisations internationales. Le genre comme concept et comme approche est devenu si « à la mode » que l’on pourrait se questionner aujourd’hui sur sa charge heuristique et sa portée critique. En effet, malgré le fait que la notion de genre soit largement utilisée, il existe encore des domaines où le sujet est trop souvent universalisé sans tenir compte des expériences genrées différenciées et inégalitaires. De ce fait, il semble essentiel de se demander comment le genre est problématisé lorsqu’il est mobilisé.

Cette tendance récente à surutiliser, voire à instrumentaliser le genre pourrait porter à croire que la popularisation des approches féministes, ayant acquis une telle visibilité, s’accompagne d’un rééquilibrage durable des inégalités entre hommes et femmes. Or, de nombreux travaux démontrent que ce rapport inégalitaire entre les sexes perdure, que ce soit sur le marché du travail (OIT, 2016), dans la sphère domestique (Pugliese, 2017) ou dans les politiques publiques (Mazur et Jacquot, 2010), etc. La pandémie actuelle de COVID-19 et les transformations dans l’organisation sociale du travail se sont en outre accompagnées d’un durcissement de ces inégalités (Froidevaux-Metterie, 2020).

Dans ce colloque, au regard de cet engouement autour de l’approche genrée, nous nous intéresserons aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte du genre. Quels sont-ils et comment cette analyse peut-elle faire apparaître des réalités vécues qui étaient jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de cette perspective, parfois d’une manière apolitique et asociologique, ne participerait-elle pas, en retour, à dissimuler les dynamiques genrées constitutives des inégalités entre les hommes et les femmes? Cette instrumentalisation ne détournerait-elle pas le regard de ces enjeux? Autant de questions qui seront abordées à partir de situations concrètes par des chercheur.e.s issu.e.s d’horizons divers des sciences humaines et sociales et des professionnel.es de terrain.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
Discutant-e- de la session : Julie Tran Éloïse Tanguay
section icon Date : 3 mai 2021

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