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Armel Didier Tella : UQO - Université du Québec en Outaouais
Boltanski et Thévenot (1991) positionnent les êtres humains dans un univers de six mondes dans lesquels les membres de la société sont capables d’atteindre des accords basés sur des compromis en situation de désaccord. Ils considèrent les êtres humains comme des acteurs sociaux ayant les capacités critiques, réflexives, décisives et les dispositions et objets nécessaires pour déterminer les éléments indispensables au fonctionnement de leur vie quotidienne. Donc, en se basant sur les six mondes dont deux autres ont été ajoutés plus tard, le cadre théorique de la justification de Boltanski et Thévenot (1991) est souvent mobilisé pour analyser plusieurs contextes d’entités complexes dans lesquelles les situations subviennent pour nuire au bon fonctionnement des affaires de la société. C’est ainsi que le contexte d'organisation des événements culturels a beaucoup changé ces dernières années de telle sorte que les parties prenantes sont plus réceptives aux conditions de santé et sécurité occasionnant un taux de fréquentation de plus en plus bas (Donaldson, 2019). La pandémie du COVID-19 a aussi engendré le report et l’annulation des événements présentiels (Boulianne & Bergeras, 2020). Face à cette réalité, le cadre théorique de Boltanski et Thévenot (1991) est mobilisé pour comprendre comment intégrer les parties prenantes principales dans les projets événementiels culturels situés hors des métropoles. Les résultats préliminaires de cette étude seront présentés lors du colloque.
Boltanski et Thévenot publiaient en 1991 le cadre théorique De la justification : Les économies de la grandeur, traduit en 2006 dans On Justification: Economies of Worth. Ce cadre apporte une perspective originale insistant sur les processus de critique et de justification (Jagd, 2011) lorsqu’une tension est présente. Cette théorie permet l’étude d’entités complexes dont le « fonctionnement obéit à des impératifs qui renvoient à des formes de généralité différentes, leur confrontation occasionnant des tensions et suscitant des compromis plus ou moins précaires » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 21). Ils proposent que les gens, avec le concours des objets, établissent des ordres de grandeur se rapportant à des systèmes de valeurs distinctifs. Ils en relèvent six qu’ils présentent sous forme de mondes : le monde de l’inspiration, de l’opinion, domestique, civique, marchand et industriel. Le monde des projets (Boltanski et Chiapello, 2007) et le monde vert (Lafaye et Thévenot, 1993) s’ajoutent à ceux-ci. Aucune entité complexe ne peut se comprendre grâce à un seul monde, et dans une société différenciée, l’individu se trouve confronté à des situations relevant de mondes distincts. Une critique et une contrainte de justification apparaissent lorsque les mondes se confrontent. Cela mène soit à la domination d’un monde, soit à la formation d’un compromis permettant de suspendre temporairement le différend. Ce cadre théorique est un outil puissant pour analyser et modéliser plusieurs contextes tant sociologiques qu’organisationnels. Des écrits soutiennent le rayonnement de cette théorie, notamment dans le champ du management. À l’aube du 30e anniversaire du cadre de la justification, il est à se demander : quelles sont les retombées passées et futures de cette théorie dans les recherches en management? Concrètement, ce cadre outille les chercheurs à bâtir une compréhension des controverses. Dans le cadre de ce colloque, nous explorerons les controverses étudiées à l’aide du cadre théorique de la justification sous trois angles : 1) les controverses internes aux organisations; 2) les controverses entre les organisations; et 3) les controverses publiques.
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