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Estelle Carde : Université de Montréal
Le concept d’intersectionnalité connait une popularité croissante dans la littérature traitant des inégalités sociales de santé (ISS), en sciences sociales comme en épidémiologie. Ma communication porte sur son apport spécifique pour ce domaine de recherche. Je rappelle d’abord la place centrale qu’occupe la notion de rapport de pouvoir dans les concepts d’ISS et d’intersectionnalité : les ISS sont des différences de santé observées entre des groupes sociaux entretenant un rapport de pouvoir, tandis que le concept d’intersectionnalité souligne l’importance de considérer la co-construction de ces rapports de pouvoir. J’examine ensuite l’intérêt de porter attention à cette co-construction des rapports de pouvoir dans l’étude des ISS. Je montre comment la position occupée par un individu au sein d’un rapport de pouvoir donné a un effet sur sa santé qui varie selon les positions que cet individu occupe au sein des autres rapports de pouvoir. Je m’arrête ensuite sur le cas de figure des combinaisons dites « dissonantes » de positions, c’est-à-dire qui associent, chez un même individu, des positions avantagées au regard de certains rapports et des positions désavantagées au regard d’autres rapports. Je conclus en regrettant que les sciences sociales n’exploitent pas suffisamment cette notion de co-construction, en se contentant trop souvent d’explorer l’effet sur la santé du cumul des positions socialement désavantagées de certaines populations.
Ce colloque rassemble des contributions issues des études féministes de la santé. L’espace politique de la santé ne cesse de croître et de déployer ses effets, notamment en ce qui concerne les normes de genre et de sexualité. Les recherches féministes sur cet espace prennent en compte les rapports de pouvoir qui le traversent en s’intéressant à la façon dont les savoirs et les pratiques de santé sont institués et instituent des normes de genre, ainsi qu’à la façon dont l’expérience de soin et les ressources en santé sont façonnées par les rapports sociaux de sexe et d’autres rapports de pouvoir, tels ceux de classe et de race. Ce colloque réunira des contributions qui s’interrogent sur les enjeux féministes des pratiques, des politiques et des savoirs de la santé.
Nous avons invité les contributions à travailler de manière critique la notion de santé et à prendre en compte les processus sociaux, politiques, scientifiques et professionnels qui produisent les définitions et les pratiques de la santé. Pour saisir l’emprise globale de la santé comme champ d’expertise, comme terrain de pratiques et comme valeur culturelle, les travaux peuvent porter sur les soins et l’organisation du travail de santé, y compris la santé publique et la santé mentale, sur les pratiques alternatives de santé, sur les mobilisations, notamment féministes, en lien avec la question de la santé, sur les controverses et les résistances aux institutions de santé, de même que sur la diffusion des discours sur la santé (y compris mentale) en dehors du champ traditionnel de la santé (médias, groupes de femmes, de patient.e.s, etc.). Les communications articulant ces enjeux autour de la période actuelle de pandémie sont également bienvenues. Nous considérerons les contributions de toute discipline, mais attendons des contributions qui usent des sciences sociales comme d’un outil de déconstruction des évidences prétendues naturelles qu’on associe à la notion de santé ainsi qu’à la notion de sexe biologique.
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