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Marie Steffens : Universiteit Utrecht / Université de Liège
Les circonstances actuelles sont particulièrement propices à la création lexicale : tous les aspects de la vie sociale sont bouleversés, de nouvelles réalités apparaissent tous les jours et avec elles de nouveaux besoins communicatifs et donc lexicaux. L’ampleur sans précédent de la crise sanitaire, dans un monde hyperconnecté, favorise la circulation de ces néologismes et les contacts interlangues. Au milieu de ce fourmillement de nouveaux termes, la polémique semble se concentrer principalement sur le genre de Covid, qui déchaine les passions des académiciens, terminologues, linguistes et autres locuteurs francophones. Cette communication vise à rendre compte de la complexité de ce débat dans lequel de nombreux paramètres interviennent : le rapport des francophones à l’emprunt en général, aux anglicismes en particulier, le bras de fer entre usage et norme, la légitimité et la diffusion des discours de référence, la variation interne au français et les différences entre les préférences morpho-syntaxiques des deux côtés de l’Atlantique. À partir d’un corpus d’articles de presse européens et québécois, nous identifierons les arguments avancés pour l’attribution des deux genres et nous montrerons comment les différentes variables linguistiques, idéologiques et sociales s’articulent dans le discours.
La langue sert tantôt de terrain de jeu, tantôt de champ de bataille aux différents mouvements qui animent une société. Pensons à la concurrence récente entre autrice et auteure (dont l’usage était jusqu’alors plus fréquent au Québec), qui a provoqué un débat sur les procédés linguistiques de féminisation et sur les enjeux de visibilisation des femmes dans la langue. Dans une autre perspective, l’emploi de bonjour-hi dans les commerces montréalais et la concurrence de take-out et pour emporter récemment évoquée sur Twitter par l’Office québécois de la langue française ont entraîné des débats qui ne portaient pas sur les mots eux-mêmes, mais sur le statut du français par rapport à l’anglais dans la société québécoise. Par ailleurs, des débats n’ayant pas pour origine un objet linguistique peuvent aussi faire une large part à langue. Prenons l’exemple des discussions sur le racisme systémique, qui ont rapidement fait état d’une incompréhension de l’expression de la part de certaines personnes et où le sens de racisme (par rapport à discrimination) et de systémique (par rapport à systématique) a été abondamment discuté. De même, l’emploi d’inconduites sexuelles dans la foulée du mouvement #MeToo a suscité de nombreuses réactions de la part de personnes jugeant que l’expression contribuait à la banalisation des gestes posés.
Ces exemples illustrent le pouvoir des mots (Boutet, 2016) et les enjeux qu’ils sont susceptibles de soulever. De tels débats sont fréquents dans l’espace public et ils trouvent écho chez différents acteurs sociaux, qu’il s’agisse de personnalités politiques, de groupes militants, de chercheuses et de chercheurs, de journalistes ou du grand public. Que les discours produits soient associés aux discours d’autorité (Monte et Oger, 2015) ou aux discours dits profanes ou populaires (Achard-Bayle et Paveau, 2008), ils participent au débat social. Ce sont ces discours sur les mots moteurs de polémique qui seront au cœur de ce colloque. L’objectif est de réunir des spécialistes de la langue qui, s’inscrivant dans différentes approches (discursives, sociolinguistiques, historiques, lexicographiques, sémantiques, etc.), se pencheront sur ces discours de manière à apporter un éclairage linguistique aux échanges suscités.
Références
Achard-Bayle, Guy et Marie-Anne Paveau (réd.) (2008), Linguistique populaire ? numéro thématique de Pratiques. Linguistique, littérature, didactique, nos 139-140.
Boutet, Josiane (2016), Le pouvoir des mots, Paris, La Dispute.
Monte, Michèle et Claire Oger (réd.) (2015), Discours d’autorité : des discours sans éclat(s) ?, numéro thématique de Mots. Les langages du politique, no 107.
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