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Caroline Jobin : les Sismo
Les urgences hospitalières françaises sont sous tension alors qu’elles “ont jusqu’ici fait la preuve d’une forte résilience face à l’accumulation des difficultés” (Cohen et al., 2017) étroitement liées au vieillissement de la population. Dans ce contexte, la Chaire de philosophie à l’hôpital et l’agence de design les Sismo ont soumis une proposition fin 2018 à l’appel à projet de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie intitulé “Design social : handicap et perte d’autonomie”. Le projet retenu a pour ambition de s’intéresser à la manière dont le design peut apporter du soin (au sens de care) aux urgences (institution du cure par excellence) dans le cadre d’un proof of care ©. Suivant la même approche que Lenay et al. (2019), nous nous intéressons à la double question du soin apporté (1) par les artefacts mis à l’épreuve lors de l’expérimentation (POC) et (2) par la démarche de conception. Pour répondre à ces questions, nous nous appuyons sur la vulnérabilité et les capacités, deux notions clés de l’éthique du care (Nussbaum, 2007 ; Sen, 2010 ; Tronto et Maury, 2009). Cette étude nous apprend que : (1) les artefacts en situation d’usage permettent de réduire la vulnérabilité des individus en développant leurs capacités et révèlent des formes de vulnérabilités nouvelles, (2) la démarche de construction d’artefact permet de développer les capacités cognitives et sociales des collectifs et vient enrichir les bases théoriques de l’éthique du care et du design.
Apparue aux États-Unis dans les années 1980, l’éthique du care est une manière de penser la morale fondée sur le souci des autres (sollicitude) et l’acte de « prendre soin » (Brugère, 2011). Fondée sur un sentiment de responsabilité à l’égard d’autrui et de ses besoins, elle concerne les tâches de soin impliquées dans les diverses formes de vulnérabilité (soin parental, traitement de la dépendance, travail social). Formulant à l’égard de la relation marchande une critique similaire à celle de la théorie du don, l’éthique du care postule qu’il existe une qualité morale dans l’acte d’aider les autres. Un premier rapprochement entre cette logique du care et la logique du design peut être observé dans le travail de Victor et Sylvia Margolin (2001). Inspiré du travail social, le « design social » selon eux vise la satisfaction des besoins des populations vulnérables ou marginalisées, comme celles à faibles revenus ou ayant des besoins particuliers en raison de leur âge, de leur santé ou de leur handicap. Cette approche pose les premières conditions d’un rapprochement entre l’acte de design et l’acte de soin. Ce colloque souhaite explorer le potentiel de cette idée et faire la lumière sur la pertinence de la théorie du care pour les disciplines du design. Peut-on considérer l’éthique du soin comme un modèle général pour le design? Par exemple, peut-on considérer qu’un petit objet électroménager comme Tero, qui transforme les résidus alimentaires des ménages en un fertilisant prêt à l’emploi, est le résultat d’un acte de design qui prend soin de notre environnement? Qu’est-ce que cela signifie de « prendre soin par le design »? Quelles approches théoriques, conceptuelles, méthodologiques et pratiques les enjeux de soin appellent-ils en design? Le design doit-il se limiter à prendre soin? Peut-il soigner ou sauver le monde? Pour Papanek (1971), on sait que le design est l’un des pires maux de la planète. Comment faire la part du soin et des « effets indésirables »?
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