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Maissa Ben Jelloul : Université de Montréal
Cette présentation porte sur la culture populaire, en particulier sur les talk-shows de l’intime qui ont été produits et diffusés en Tunisie après l’insurrection de 2010-2011. Ces émissions invitent des personnes à témoigner publiquement d’expériences tirées de leurs vies personnelles et privées (témoignages de sentiments amoureux, de problèmes de couples ou de familles, etc.). Souvent, des femmes de classe sociale inférieure dénoncent des violences qui leur ont été infligées, notamment des violences conjugales et sexuelles. Ces témoignages sont par la suite commentés, validés, jugés, critiqués ou accueillis avec bienveillance par l’instance qui les reçoit, soit par l’animatrice ou l’animateur, le public présent sur le plateau (s’il y a lieu) ainsi que l’auditoire.
Je présenterai ainsi une problématisation de ces témoignages qui circulent dans un contexte caractérisé par une tension entre des discours d’« al-soutrah »,qui prônent le voilement de l’intime et du péché, et des discours post-insurrectionnels qui valorisent la liberté d’expression et le dévoilement des vérités. Je proposerai par la suite une discussion sur les manières possibles de présenter mes recherches doctorales dans un contexte occidental : comment aborder des enjeux liés aux violences faites aux femmes tunisiennes, sans pour autant confirmer des stéréotypes racistes?
Les violences faites aux femmes, particulièrement la violence sexuelle et la violence conjugale, ciblent un grand nombre de victimes tout en demeurant parmi les crimes les moins rapportés à la police (Benoit et al., 2015; Sinha, 2013). Plusieurs mouvements de dénonciation et campagnes de sensibilisation ont voulu mettre en lumière les barrières auxquelles sont confrontées les femmes survivantes de violences qui souhaitent faire une dénonciation (p. ex., le mouvement #MeToo, 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, etc.). Ces prises de parole publiques ont gagné en visibilité dans les dernières années. Elles ont facilité une conversation collective autour de ces enjeux sociaux d’importance. Néanmoins, il reste beaucoup à faire pour mieux répondre aux besoins des femmes survivantes de violences, particulièrement celles vivant à la croisée de multiples systèmes d’oppression. Bien qu’ils soient embryonnaires, plusieurs écrits scientifiques avancent que les femmes vivant à la croisée de multiples systèmes d’oppression sont surreprésentées parmi les survivantes de violences au Canada, notamment les femmes autochtones, les femmes en situation de handicap, les femmes immigrantes et réfugiées, les femmes issues des communautés LGBTQ2S ou encore celles évoluant en contexte francophone minoritaire (Benoit et al., 2015). Au Québec, le mouvement féministe cherche à s’actualiser afin de prendre davantage en compte, tant dans la pratique que dans la recherche, les différences existant entre les femmes comme groupe social (Corbeil et al., 2018; Lopez, 2017; Pagé et Pires, 2015; Corbeil et Marchand, 2006). Enfin, plusieurs femmes sont dans l’impossibilité de prendre part à des campagnes de sensibilisation et des mouvements de dénonciation ou ne se sentent pas concernées par celles-ci pour diverses raisons qui doivent être davantage documentées. Ainsi, ces éléments revêtent des implications cruciales pour le travail social et les études féministes étant donné leurs liens étroits avec la prévention, la recherche, l’accompagnement et l’intervention auprès des femmes survivantes de violences.
Ce colloque est organisé conjointement par le Collectif de recherche féministe anti-violence (FemAnVi) de l’Université d’Ottawa et le Réseau québécois en études féministes (RéQEF).
Titre du colloque :