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Audrey Lemaire : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Au Québec, plus de 133 regroupements locaux de partenaires se sont mobilisés en faveur de la petite enfance durant les dix dernières années avec l’aide du financement d’Avenir d’enfants. Ce bailleur de fonds qui est issu d’un partenariat public-privé arrive à échéance en 2019. À la lumière de cette période de transition pour les collectivités locales, il semblait important d’aller à la rencontre des intervenants engagés depuis ces dix dernières années afin de dialoguer sur leur expérience du faire ensemble pour la petite enfance et le sens qu’ils y ont donné. Pour bien illustrer cette réalité complexe, l’utilisation d’un langage métaphorique a été privilégiée en entrevue. Le fait de bien connaître la réalité vécue par ces intervenants a également favorisé la prise de parole authentique et l’approfondissement des récits d’expériences. L’attitude du chercheur a quant à elle été centrale dans cette démarche de recherche. Elle a permis d’accorder de la valeur à l’humain derrière l’appareil bureaucratique, ce qui a facilité la création d’un climat propice à l’introspection et à la réflexion. C’est à partir de cet espace de reconnaissance que les intervenants se sont accordés le droit de poser un regard nouveau sur leur façon d’agir et de penser le faire ensemble pour la petite enfance. Ces premières étapes que sont la reconnaissance et la réflexion sont sans doute essentielles à la transformation et à l'émancipation de ces acteurs et de la société dans laquelle ils évoluent.
L’idée de rapprocher le monde universitaire du monde social fait son chemin depuis quelques décennies sous l’impulsion de critiques à l’égard du fossé constaté entre eux (Desgagnés, 1997). Ces critiques et des avancées méthodologiques ont amené des chercheu.rs.ses, issus de disciplines variées, à définir des dispositifs participatifs, par exemple en santé où la collaboration avec les bénéficiaires est vue comme l’une des conditions permettant d’assurer que la recherche menée est pertinente et utile aux patient.e.s touchés (IRSC, 2019). Mais cette participation est parfois devenue une injonction, entre autres de la part des organismes subventionnaires qui privilégient de plus en plus des programmes qui valorisent la collaboration entre chercheurs et acteurs de terrain. Même si les recherches participatives visent la reconnaissance d’une pluralité de savoirs issus tant de la pratique que de la recherche (Morrissette, 2013), dans une perspective critique, la nécessité de collaborer peut soulever des questionnements sur les rapports de pouvoir dans les interactions en recherche, sur les inégalités potentielles dans la reconnaissance de l’apport des divers acteurs et sur l’influence des compétences de ces derniers à s’affirmer et à prendre la parole au cours des moments de collaboration (Doucet et Dumais, 2015).
Ce point de vue critique est d’autant plus nécessaire au regard des dispositifs de recherches qualitatives qui vont plus loin en visant le changement chez les participant.e.s, dans les organisations et au sein des gouvernements, en l’occurrence des recherches à visées transformatrices et émancipatoires. Il s’agit alors, pour toutes les personnes concernées par de telles recherches, de travailler à la transformation des conditions sociales en jeu et au développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Stetsenko, 2016).
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