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Maude Jodoin Léveillée : Université de Montréal
Les mouvements sociaux sont le plus souvent analysés dans un cadre contestataire qui s’intéresse aux formes « dures », directes et protestataires de l’action collective. L’attention est alors portée aux formes d’activisme s’apparentant à des qualités perçues comme « masculines ». À partir du cas togolais, cette présentation propose de s’appuyer sur les normes de genre pour revisiter les registres « féminins » d’action collective et ainsi élargir l’étude des mouvements sociaux à des formes plus « douces » et plus subtiles de militantisme qui reposent sur des modèles moins contestataires et plus « féminins ». Dans un contexte ouest-africain où l’activisme féminin et le féminisme sont souvent perçus négativement, repenser l’éventail des répertoires d’action collective féminins et féministes est nécessaire pour éviter l’invisibilisation et l’exclusion de pratiques n’étant pas considérées suffisamment «protestataires» pour être qualifiées de militantes.
Les résultats présentés dans cette communication reposent sur des données qualitatives récoltées au Togo sur une période de deux ans, combinant entretiens semi-dirigés et observation. Il sera aussi question de mobiliser une littérature portant sur le subactivisme et le politique de tous les jours [everyday politics].
Bref, à partir de l’étude de cas des mouvements féminins togolais, il s’agira de reconnaître des formes moins « masculines » d’action collective comme faisant partie intégrante du paysage activiste ouest-africain.
Depuis l’institutionnalisation des études féministes dans les années 1980, l’analyse de genre s’est vue de plus en plus mobilisée tant par les chercheur.e.s universitaires que par les politiques publiques ou les organisations internationales. Le genre comme concept et comme approche est devenu si « à la mode » que l’on pourrait se questionner aujourd’hui sur sa charge heuristique et sa portée critique. En effet, malgré le fait que la notion de genre soit largement utilisée, il existe encore des domaines où le sujet est trop souvent universalisé sans tenir compte des expériences genrées différenciées et inégalitaires. De ce fait, il semble essentiel de se demander comment le genre est problématisé lorsqu’il est mobilisé.
Cette tendance récente à surutiliser, voire à instrumentaliser le genre pourrait porter à croire que la popularisation des approches féministes, ayant acquis une telle visibilité, s’accompagne d’un rééquilibrage durable des inégalités entre hommes et femmes. Or, de nombreux travaux démontrent que ce rapport inégalitaire entre les sexes perdure, que ce soit sur le marché du travail (OIT, 2016), dans la sphère domestique (Pugliese, 2017) ou dans les politiques publiques (Mazur et Jacquot, 2010), etc. La pandémie actuelle de COVID-19 et les transformations dans l’organisation sociale du travail se sont en outre accompagnées d’un durcissement de ces inégalités (Froidevaux-Metterie, 2020).
Dans ce colloque, au regard de cet engouement autour de l’approche genrée, nous nous intéresserons aux « interstices » qui n’ont pas ou qui ont peu fait l’objet d’une analyse tenant réellement compte du genre. Quels sont-ils et comment cette analyse peut-elle faire apparaître des réalités vécues qui étaient jusqu’ici restées dans l’ombre? L’instrumentalisation de cette perspective, parfois d’une manière apolitique et asociologique, ne participerait-elle pas, en retour, à dissimuler les dynamiques genrées constitutives des inégalités entre les hommes et les femmes? Cette instrumentalisation ne détournerait-elle pas le regard de ces enjeux? Autant de questions qui seront abordées à partir de situations concrètes par des chercheur.e.s issu.e.s d’horizons divers des sciences humaines et sociales et des professionnel.es de terrain.
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