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Pierre-Alain Filippi : Université de Sherbrooke
Notre contribution vise à mettre en évidence les effets d’une intervention-recherche (Saujat & Félix, 2018) sur la reprise du pouvoir d’agir de formateurs d’enseignants qui font face à une succession rapide et non accompagnée de réformes dans leur travail. Pour y parvenir, notre communication s’appuie sur les résultats d’une étude conduite durant deux années et conçue à partir du cadre théorique de l’ergonomie de l’activité qui s’adosse aux fondements de la psychologie historico-culturelle (Vygotski, 1934), selon une approche clinique (Clot, 2008). Elle concerne des formateurs qui s’efforcent de concevoir et mettre en œuvre un nouveau dispositif de formation par alternance intégrative des enseignants débutants (Filippi, 2020).
Entre universitarisation, mastérisation et réformes des concours, nous montrerons en quoi et comment les « règles du jeu » qui prescrivent le travail de ces formateurs se transforment, transforment corrélativement leur activité et peuvent, d’une certaine manière et sous certaines conditions, mettre à mal leur pouvoir d’agir qu’ils sont amenés à reconstruire malgré de nombreux aléas. Nous montrerons que la constitution d’un collectif de travail (Caroly, 2010), fondé sur le temps long de l’intervention-recherche, participe de l’émergence de difficultés (Wisner, 1995) et dilemmes de métier (Prot et al., 2010), source et ressource de transformations individuelles et collectives, au service de nouvelles perspectives de formation de formateurs d’enseignants.
L’idée de rapprocher le monde universitaire du monde social fait son chemin depuis quelques décennies sous l’impulsion de critiques à l’égard du fossé constaté entre eux (Desgagnés, 1997). Ces critiques et des avancées méthodologiques ont amené des chercheu.rs.ses, issus de disciplines variées, à définir des dispositifs participatifs, par exemple en santé où la collaboration avec les bénéficiaires est vue comme l’une des conditions permettant d’assurer que la recherche menée est pertinente et utile aux patient.e.s touchés (IRSC, 2019). Mais cette participation est parfois devenue une injonction, entre autres de la part des organismes subventionnaires qui privilégient de plus en plus des programmes qui valorisent la collaboration entre chercheurs et acteurs de terrain. Même si les recherches participatives visent la reconnaissance d’une pluralité de savoirs issus tant de la pratique que de la recherche (Morrissette, 2013), dans une perspective critique, la nécessité de collaborer peut soulever des questionnements sur les rapports de pouvoir dans les interactions en recherche, sur les inégalités potentielles dans la reconnaissance de l’apport des divers acteurs et sur l’influence des compétences de ces derniers à s’affirmer et à prendre la parole au cours des moments de collaboration (Doucet et Dumais, 2015).
Ce point de vue critique est d’autant plus nécessaire au regard des dispositifs de recherches qualitatives qui vont plus loin en visant le changement chez les participant.e.s, dans les organisations et au sein des gouvernements, en l’occurrence des recherches à visées transformatrices et émancipatoires. Il s’agit alors, pour toutes les personnes concernées par de telles recherches, de travailler à la transformation des conditions sociales en jeu et au développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Stetsenko, 2016).
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