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Alain Christophe Bihan : Université de Montréal
Les transformations numériques, provoquées par le développement intempestif de l’économie digitale, perturbent l’organisation du travail, la représentation collective mais aussi les formes de régulation et de protection sociales du travail (Valenduc et Vendramin, 2016; Lambrecht, 2016). Ces perturbations socio-économiques, qui certes caractérisent l’avènement de la 4e révolution industrielle (WEF, 2016), ne datent pas d’hier. Elles se sont simplement intensifiées avec la crise sanitaire mondiale de la Covid-19. En ce qui a trait au travail précarisé des chargé.e.s de cours, ces perturbations ont conduit à des distorsions et des tensions en matière de relations de travail, en raison notamment de réorganisations très souvent contraignantes et mutantes du travail. Les tâches reliées à la conception et à la prestation de l’enseignement sont au cœur des préoccupations. Ces réorganisations soulèvent un questionnement fondamental quant à la mise en œuvre de « conditions de travail raisonnables » (Di Lorio et Lauzon, 2008; Bernatchez, 2010; Paquerot et Langlois, 2016), voire d’« accommodements de travail raisonnables » (Blais, 2007; Laflamme et coll. 2008; Laflamme et Bégin-Robitaille, 2013). On dressera ici un premier portrait de la situation actuelle, mettant en évidence l’impact des transformations numériques sur les relations de travail; on dégagera ensuite des pistes d’investigation concrètes pour baliser un cadre acceptable de relations de travail pour les chargé.e.s de cours.
Avant même l’arrivée de la pandémie, le rapport du scientifique en chef sur l’Université québécoise du futur (automne 2020) faisait un certain nombre de constats sur les enjeux liés à l’importance grandissante du numérique et à l’attraction et la rétention de nouvelles générations d’étudiant.e.s. Les aménagements mis en place pour assurer l’offre des cours pendant la pandémie ont cristallisé ces enjeux et entraîneront des transformations à long terme pour les universités, transformations dont on ne connaît pas encore la teneur, mais qui auront un impact certain sur le travail des enseignant.e.s contractuel.le.s au sein de celles-ci.
Une tendance structurelle majeure demeure toutefois invisible, celle de la recomposition progressive du corps enseignant universitaire, dont une partie importante est constituée d’enseignant.e.s contractuel.le.s. Cette tendance est bien établie dans les universités canadiennes (ACPPU, 2014; Foster et Birdsell Bauer, 2018; Hoeller, 2014) et au-delà, aussi bien sur le continent nord-américain qu’ailleurs dans le monde. Au Québec, selon les données institutionnelles, c’est plus de la moitié des cours du 1er cycle qui sont aujourd’hui donnés par des enseignant.e.s contractuel.le.s.
Mettant à l’avant-plan l’enseignement comme mission fondamentale des universités, les changements engendrés par la pandémie ouvriront-ils la voie à une reconnaissance de la contribution de ces enseignant.e.s, ou, au contraire, consolideront-ils leur précarité structurelle et fragiliseront-ils leur voix et leurs « droits », comme le signalent les débats récents autour des libertés universitaires?
À cet égard, il paraît pertinent d’appliquer les concepts issus des théories subalternes au contexte de l’enseignement universitaire. Mettant en exergue les stratégies d’adaptation et de résistance des groupes subalternes, ces concepts peuvent s’avérer féconds pour appréhender et comprendre les reconfigurations en cours des structures universitaires. S’inspirant des théories subalternes, notre approche mettra l’accent sur la mobilisation des enseignant.e.s contractuel.le.s autour d’une culture infrapolitique afin de se tailler une place dans l’université néolibérale.
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