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Bertrand Fauré : Université de Toulouse
Depuis une vingtaine d'années, les approches CCO se sont ainsi progressivement imposées, voire institutionnalisées, comme un courant majeur au sein des études académiques visant à mieux comprendre le fonctionnement des organisations. L’objet de cet article est d’inviter les travaux CCO, fort de leurs (très) nombreux succès académiques, à s’engager davantage pour la transformation concrète de leur objet d’étude : les organisations, voire la société. En ce sens, cet article soulève deux « incapacités » actuelles des recherches en communication organisationnelles. En réponse à ces “incapacités”, nous proposons des pistes de recherches futures pour contribuer à dépasser ces “incapacités” dans les années à venir.
La recherche sur la communication constitutive des organisations : quelles spécificités théoriques, méthodologiques et pratiques en marge des courants anglo-saxons?
Au cours des dernières années, plusieurs chercheurs et chercheuses en communication organisationnelle, avec parmi eux de nombreux Québécois et Français, ont proposé l’idée que la communication est constitutive des organisations (CCO), une perspective surtout portée par les textes anglo-saxons. Si le terme CCO a été consacré au tournant du siècle par des chercheurs américains, l’influence francophone des 20 dernières années, même plus, sur ce courant est indéniable. De fait, on peut faire remonter l’émergence de l’approche constitutive à l’ouvrage de 1988 de James R. Taylor, Une organisation n’est qu’un tissu de communications, et repérer l’influence de la philosophie et de la sociologie de langue française, notamment les écrits de Bruno Latour, la narratologie de Greimas et la philosophie de Derrida ou de Gilbert Simondon. En parallèle, en France, les « approches communicationnelles des organisations » (ACO) se sont développées pour comprendre l’organisation par la communication, en donnant un pouvoir explicatif « à la construction et au partage du sens, à l’interprétation, aux cadres de pensée et aux représentations » (Bouillon et al., 2007).
Alors que les approches constitutives s’institutionnalisent et sont de plus en plus reconnues, même au-delà des frontières de la communication organisationnelle, et que 20 ans ont passé depuis que le terme CCO a été proposé, il est temps d’explorer, voire de valoriser la spécificité de la recherche autre qu’anglophone dans le domaine.
Notre intention n’est pas ici de donner lieu à une confrontation ou d’opposer la production anglo-saxonne aux autres, mais bien d’en montrer les différences, les convergences, les chemins de traverse et les innovations, de façon à, in fine, enrichir le spectre des connaissances entourant les approches CCO.
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