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Samuel Bédard : UQAM - Université du Québec à Montréal
Au Québec, la hausse du prix des métaux, survenue entre 2003 et 2014, a favorisé l’émergence d’un paradigme extractif. Des sociétés minières ont, à l’instar des années 1950, profité de la conjoncture internationale pour intensifier l’exploitation des ressources du territoire. Rarement dans son histoire toutefois, l’industrie n’a vu son expansion être aussi contestée. Le naufrage d’un point de vue politique du controversé Plan Nord illustre l’étendue de la crise de légitimité affligeant actuellement ce secteur d’activité. Malgré un élargissement des conflits socioenvironnementaux, des élites continuent néanmoins de plaider pour le maintien de ce modèle économique, en dépeignant les collectivités locales comme d’inexorables bénéficiaires de l’extraction. Si cette représentation de la mine comme levier de développement revêt dans l’histoire du Québec une certaine résonance, sa capacité à rendre compte des réalités contemporaines de l’industrie se doit en revanche d’être réexaminée. La présente communication se veut par conséquent une synthèse d’un mémoire de maîtrise réalisé en 2019 qui analyse de manière critique les perspectives de retombées associées à l’exploitation minière. Les stratégies en matière de gestion des ressources humaines et financières privilégiées dans la chaîne de production du minerai de fer seront exposées sous la forme d’une étude de cas emblématique.
Depuis les années 1980, le secteur extractif connaît un boom sans précédent à l’échelle mondiale. Les exploitations minières, agro-industrielles, d’hydrocarbures, et d’hydroélectricité ne cessent de se multiplier, malgré les résistances qu’elles provoquent. Le modèle extractiviste a renouvelé les formes de dépendance et de primarisation des économies, particulièrement en Amérique latine, en Afrique et en Asie-Pacifique, et traverse le spectre politique, faisant consensus dans les États tant néolibéraux que postnéolibéraux (Acosta, 2011; Gudynas, 2011; Svampa, 2013). Sous le mirage des retombées économiques, les États mettent en place des cadres législatifs, juridiques et des allègements fiscaux dont la balance surpasse pourtant les redevances perçues (Deneault, 2012, 2014).
Aujourd’hui, une partie de la recherche sur l’extractivisme continue d’évaluer les rapports de celui-ci à la croissance, à la dépendance économique et aux régimes patrimoniaux et rentiers. D’autres s’intéressent à la forte répression contre les opposant·e·s à l’extractivisme. L’exploitation des ressources étant justifiée au nom de l’« intérêt national », l’urgence et l’exceptionnalité sont invoquées pour défendre la prérogative étatique de disposer des ressources, criminalisant les luttes pour la défense du territoire. Surtout, nous nous interrogeons sur ces politiques dans le contexte où l’extractivisme au 21e siècle semble repousser toutes les frontières. La raréfaction des ressources pousse à l’exploitation de gisements non conventionnels dans des zones géographiques jusque-là hors de portée de l’expansion capitaliste. Même la transition énergétique, préconisée pour lutter contre le bouleversement du climat, entraîne une intensification de l’extraction minière par la valorisation de nouveaux métaux. Ce colloque vient s’intéresser à l’articulation des conflits sociaux créés par l’extractivisme contemporain et les réponses sociales, universitaires et militantes avancées face à ces problématiques.
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